Accès à internet : L’Algérie à la traîne…

Elwatan; le Lundi 26 Octobre 2015
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Depuis jeudi dernier, beaucoup de citoyens se sentent isolés, coupés du monde. En cause : les fortes perturbations sur le réseau internet liées à une coupure du câble sous-marin en fibre optique, reliant Annaba à Marseille. Il faut dire que l’usage du web est à ce point entré dans les mœurs locales que dès lors que la connexion se fait un tant soit peu désirer, les Algériens perdent leurs repères et ne savent plus à quel saint se vouer.

Depuis jeudi, je me sens revivre le début des années 2000, cette époque où nous n’avions pas encore cette addiction au web et au monde virtuel. Je me suis même surpris à allumer la télévision, moi qui ne la regarde pratiquement pas. C’est vraiment une drôle de sensation», plaisante Hichem, la quarantaine, un habitant de Gambetta. Malik, de Bir El Djir, est plus sarcastique : «Ce week-end, j’ai été complètement out.

Sans aucune nouvelle de ce qui se passait dans le monde. Ça m’a rappelé la période de l’ex-parti unique, quand les week-ends nous paraissaient trop longs, sans qu’on ne sache ce qui se tramait sous d’autres cieux.» Amina, habitant Es Senia, s’inquiète : «Depuis jeudi dernier, je débourse 300 DA par jour rien que pour la 3G. Je me rends compte à quel point je suis dépendante d’internet. C’est à la limite flippant.» Mais d’autres positivent et voient d’un bon œil ces turbulences intempestives, comme Samira : «La connexion devrait être plus souvent coupée dans les foyers algériens. Vendredi, je suis sortie à 20h acheter des DVD et j’ai croisé beaucoup plus de monde dans la rue. Ça fait du bien de voir un peu de vie après 20h…»

Si la frilosité de la connexion à internet a dévoilé aux Oranais leur assuétude abyssale à l’égard des réseaux sociaux, dans les entreprises qui devraient être en permanence «connectées», c’était un tout autre son de cloche. Agences de voyage, cybercafés, bureaux d’affaires, organes de presse, partout, les employés faisaient grise mine et étaient sur le qui-vive. Des gérants de cybercafés, rendant les armes, ont carrément décidé de baisser le rideau jusqu’au rétablissement d’une connexion «convenable». «Il ne sert à rien de rester ouvert. La connexion est à ce point poussive qu’aucun de mes clients habituels ne se risquent à venir. Autant m’octroyer un congé jusqu’à nouvel ordre», nous explique le gérant d’un cybercafé situé au quartier Plateau.

Mais d’autres ne sont pas de cet avis : «Fermer boutique jusqu’au rétablissement d’une connexion convenable est un luxe que je ne peux pas m’offrir», nous dit le gérant d’un cyber. «N’oubliez pas que cet établissement se situe en plein centre-ville, non loin de la Grande-Poste. Sa location me coûte excessivement cher. Je préfère rester ouvert, quitte à ne gagner que 2000 DA par jour. Si je baisse rideau, je me retrouverais à la fin du mois sans le sou et avec des factures salées.» Au niveau des agences de voyage, là encore, les employés ont les nerfs à fleur de peau : «Comme la connexion est très mauvaise, on recourt à la 3G avec l’option ‘‘partage de connexion’’.

C’est pénible car c’est moins fluide : une transaction qui se fait habituellement en 3 minutes, on la fait maintenant en 8 minutes. Mais que voulez-vous, il faut faire avec : on est lent car le système est lent !» Même les retraités, qui pourtant n’ont aucune accoutumance aux réseaux sociaux, redoutent ces coupures : «Je n’ai pas pu toucher ma pension jeudi dernier. J’avais programmé d’y aller demain, mais avec ces perturbations, je suppose que ce sera la croix et la bannière pour encaisser. On va nous annoncer qu’il n’y a pas de réseau, on va rester alors de longues heures durant à attendre. Ça va être pénible !»

Categorie(s): actualité

Auteur(s): El Kébir Akram

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