Ali Chibani. Ecrivain (France/Algérie) : Boubacar B. Diop, Aminata Traore ou Maïssa Bey ne sont pas très médiatisés parce qu’il ne folklorisent pas l’Afrique

Elwatan; le Vendredi 30 Octobre 2015
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En Afrique, après les indépendances, les Etats, par le biais de l’école et des médias, ont perverti l’esprit nationaliste qui avait mené à leur libération. Ils ont donc cultivé un nationalisme fascisant.

En effet, quelle différence y a-t-il aujourd’hui entre la propagande du FLN en Algérie et la propagande du FN en France ? Ce nationalisme perverti a eu recours aux écrivains officiels, qu’il a mobilisés, et cela a dénaturé l’idée de l’engagement dans la littérature africaine et en a fait un outil de «terrorisme intellectuel». L’engagement est donc un instrument au service d’une idéologie qui est déjà au pouvoir. Restent les écrivains qui, après les indépendances, ont maintenu leur liberté d’opinion. Mammeri, Kateb, Dib, Djebar… Or, à l’époque, ces écrivains pouvaient avoir une certaine force et agir sur le public.

En vérité, si la littérature engagée pouvait avoir une quelconque utilité politique et sociale, les Algériens auraient largement matière à lire grâce à ce que nos écrivains nous ont laissé comme héritage ; un héritage qui reste d’actualité et qui, au regard de la régression civilisationnelle dans laquelle l’Algérie s’inscrit actuellement, est encore plus urgent à découvrir. Tout cela m’amène à penser que les Algériens aiment envoyer leurs intellectuels et leurs artistes à la mort pour, ensuite, leur rendre hommage. Comme le chante si bien Aït Menguellet, dans ce pays où cheikh Chemsou est plus connu que Jean Amrouche ! Mais tout pour autant n’est pas perdu.

En plus des poètes de la tradition orale qui ont un réel ancrage dans la société, l’Afrique compte des écrivains engagés comme le Sénégalais Boubacar Boris Diop, le Tchadien Koulsy Lamko, la Malienne Aminata Dramane Traore ou encore l’Algérienne Maïssa Bey. Mais ce sont des auteurs qui ne sont pas très médiatisés, parce que, justement, ils ne folklorisent pas l’Afrique.

Que peuvent donc faire les écrivains francophones africains, dont les Algériens ? On doit peut-être commencer par éviter de prendre comme modèle un écrivain parce qu’il est médiatisé ou parce qu’il a été primé. Les écrivains francophones les plus primés le sont – souvent – parce que leur écriture répond à des canons littéraires attendus, notamment les canons du roman français.
 

Categorie(s): culture

Auteur(s): Faten Hayed

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