Amalgame dangereux

Elwatan; le Mardi 3 Decembre 2013
1


Personne en Algérie ne se faisait d’illusion sur l’issue du procès ouvert mercredi par le parquet de Rabat contre l’auteur de l’arrachage de l’emblème national de notre représentation consulaire à Casablanca, le 1er novembre dernier. Le tribunal a retenu le ridicule délit d’«atteinte à la propriété privée». Rabat en a fait une banale affaire de droit commun alors qu’il s’agit d’un grave incident diplomatique difficile à nier ou à maquiller pour minimiser la portée politique du forfait. Comment peut-on ainsi confondre avec une telle légèreté un bien appartenant à un particulier, à une personne physique et une représentation diplomatique protégée par les conventions internationales sans courir le risque que le roi n’apparaisse nu avec cet amalgame dangereux tant le crime est politiquement connoté et signé ?

Réduite à un fait divers, cette affaire avait soulevé une réaction énergique des autorités algériennes qui ont exigé du Maroc des explications et des excuses officielles qui ne sont jamais venues. L’incident diplomatique avait été évité de peu. N’était la sagesse algérienne qui s’est gardée de répondre à la provocation et au chantage politique et diplomatique comme l’avait fait Rabat qui s’était empressé de rappeler son ambassadeur pour consultation, l’histoire menaçait encore une fois de bégayer avec en point de mire une nouvelle crise diplomatique entre les deux pays. Avec ce pied de nez de la justice marocaine et sa qualification outrageante du délit, les autorités marocaines persistent dans leur provocation à l’endroit de l’Algérie en expédiant le dossier de façon cavalière et arrogante.

Rabat, qui a refusé d’accéder à la demande algérienne d’être associée à l’enquête judiciaire, avait ses raisons pour ne pas laisser son voisin fourrer son nez dans cette affaire dans laquelle la responsabilité de l’Etat marocain ne souffre aucune ambiguïté. La vidéo accablante du film des événements mise sur le Net apporte les preuves irréfutables du caractère organisé et prémédité de cette opération punitive contre l’Algérie montée par les soins du makhzen. Les policiers étaient là pour encadrer le mouvement anti-algérien, les manifestants ramenés par bus, brandissant des banderoles et scandant des slogans qui n’ont rien d’improvisés et l’aisance avec laquelle le forfait a été commis par le flic préposé à la profanation de l’emblème national.

L’affaire, qui a été mise en délibéré par la justice marocaine, se soldera sans nul doute soit par un non-lieu ou, au pire, par une condamnation légère avec sursis du «prévenu» qu’on ne manquera pas de décorer de l’ordre de mérite royal. Un tel scénario éculé, qui est une spécialité marocaine, était prévisible. La question demeure de savoir quelle sera la réaction de l’Algérie face à ce double affront : l’atteinte à l’emblème national et la décision méprisante de la justice marocaine qu’il faut prendre comme une autre provocation et insulte à la mémoire nationale.
Pour l’heure, la seule riposte politico-diplomatique de l’Algérie a été de réduire le niveau de la représentation de nos responsables et institutions invités à prendre part à des événements régionaux ou internationaux qu’abrite le Maroc. A ce jeu éternel de raccommodage politique sacrifiant dignité, honneur, fierté nationale et suprême injure, nos valeurs les plus sacrées comme le drapeau, nos dirigeants apparaissent en total décalage avec l’opinion publique.

Categorie(s): edito

Auteur(s): Omar Berbiche

Commentaires
 

Vous devez vous connecter avant de pouvoir poster un commentaire ..