Baptisation des cités, rues et quartiers de la capitale : Une toponymie à vau-l’eau

Elwatan; le Dimanche 25 Octobre 2015
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De ce fait, demander à un citoyen de la capitale l’adresse d’une cité ou l’itinéraire pour aller à un lieu relève du vrai parcours du combattant. De même, les quartiers auxiliaires nouvellement bâtis dans l’extra-muros de la capitale n’ont fait qu’accentuer le problème.

Ces cités dites «anonymes» sont victimes de l’absence d’une dénomination distinctive. Elles sont seulement identifiées par des chiffres froids et anonymes.

Des cités sans identité

Ces cas sont notables dans plusieurs cités de la capitale. Les nouvelles cités, dès leur inauguration, sont baptisées selon le nombre de logements attribués.

On y trouve les 1566 Logements, les 500 Logts, les 3800 Logts, sans oublier que les cités sont fractionnées en tranches (zone 1, 2, 3, etc.), difficile de distinguer l’une de l’autre si ce n’est par la couleur des bâtiments.

Outre les cités numérotées, d’autres habitations portent le nom de leur constructeur ou de leurs occupants, cité Cosider, Sonelgaz, cité Police...

Ces «noms» peu communs n’aident pas non plus à trouver les adresses recherchées, étant donné qu’ils existent dans plusieurs communes.

Ceci complique d’une manière substantielle le quotidien des citoyens essentiellement pour la réception de leur courrier.
«Jusqu’à quand allons-nous continuer à vivre dans des cités sans âme et sans identité ?» se lamente un citoyen bénéficiaire d’un nouveau logement à haï Souachette.

Dans un autre registre, d’autres quartiers enchevêtrés de la capitale ont été rebaptisés au nom de martyrs de la Révolution.

«Les héros de la Révolution sont des icônes, des figures mythiques qui appartiennent au patrimoine commun. Néanmoins, tout cela complique d’une manière considérable le déplacement du citoyen», nous a signifié le même interlocuteur. Il est à signaler que le choix des noms de chouhada suscite parfois des polémiques.

Le quartier du Télemly, ancré dans l’esprit de tout un chacun, a été, à l’aube de l’indépendance, renommé boulevard Salah Bouakouir.

Il a été débaptisé 30 ans plus tard pour recevoir le nom de Belkacem Krim. «Pour éviter de me tromper, je préfère appeler les rues d’Alger par leurs anciens noms. Au moins je sais de quoi ou de qui il s’agit.

Quand je dis Meissonnier, je suis au moins sûr qu’il s’agit soit du peintre Ernest Meissonnier, ou bien du bourreau de Zabana (Fernand Meissonnier).

Que ce soit l’un ou l’autre, je sais de qui il s’agit au lieu de prononcer le nom d’un personnage de la Révolution au passé douteux !» nous a-t-on confié. Et d’enchaîner :

«Pourquoi les autorités ne choisissent pas d’autres appellations plus simples à retenir que les noms de martyrs ?»

Des appellations fantaisistes

Par ailleurs, le sort de l’histoire a fait que d’autres hameaux de la capitale portent des noms à connotation «bizarre».

Si dans le Vieil Alger, les anciennes rues des Sayaghine (les bijoutiers), Aqbat el cheïtan (la montée du diable) ou Fern el djemal (four des chameaux) sont gratifiées désormais de  noms de martyrs de la Révolution, d’autres quartiers pâtissent de porter des sobriquets «excentriques».

Dans l’est de la capitale, Haï Chbacheb ou Souachette ne laisse pas indifférent. Mais la palme revient à la cité Tchoualeq (Les chiffons) en plein centre d’Hussein Dey ou bien à d’autres quartiers comme PLM, Boumaâti, des Trois Caves à El Harrach, les Bananiers ou Al Joumhouria dans la commune des Eucalyptus.

En vue de remédier à cette situation, les pouvoirs publics (ministère de l’Intérieur) ont entamé des séances de travail afin de mener des opérations de rebaptisation de certaines rues du centre-ville et de la périphérie.

Cette initiative devrait s’achever en juin 2016, selon l’échéance fixée par la tutelle, et ce, afin de constituer une banque de données qui servira plus tard au fonctionnement du nouveau système de la géolocalisation satellitaire.

C’est dans ce sillage que les cellules communales sont à pied d’œuvre, à l’instar de la commune de Dar El Beïda, qui connaîtra prochainement plus de 500 rebaptisations de quartiers (El Hamiz 1, 2, 3 pour le 1er novembre prochain) grâce à des commissions mixtes (police, gendarmerie, Protection civile et moudjahidine), nous confient des élus relevant de cette mairie.

En somme, il convient de dire que cette opération entamée par les pouvoirs publics n’est guère une sinécure.

Preuve en est, le cas de la station des Fusillés (Al maâdoumine) pour le métro ; pour le tramway, c’est toujours Le Ruisseau, alors que le téléphérique qui mène au palais de la Culture à partir de cet endroit porte le nom de Oued Kniss ? Ce seul exemple est suffisamment édifiant pour comprendre la nécessité et l’urgence d’une action de réhabilitation des noms des rues et avenues de la capitale ! 

Categorie(s): alger

Auteur(s): Aziz Kharoum

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