Bouquins : Les Algériens du salon du livre de Paris

Elwatan; le Vendredi 20 Mars 2009
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C’est après avoir ausculté la carte des
50 000 m2 de cette île aux livres, à la fois
foire et rendez-vous amoureux, que je me suis
joyeusement jetée dans le bruyant labyrinthe
du 29e Salon du livre de Paris, qui s’est terminé
mercredi.
Tentant de rejoindre la crique
des éditeurs du Maghreb, j’ai pu apercevoir,
sur le stand bondé du géant français Gallimard,
l’incontournable Tahar Ben Jelloun, dédicaçant
à la foule son nouvel et sombre opus, Partir, un
roman sur le Maroc des années 1990 et l’impasse
de l’exil. En repartant avec un roman
brut du kabyle nanterrien Mounsi, La noce des
fous, c’est au bout d’une allée que j’ai découvert,
entre le manga et la Pologne, l’espace dédié
au Maghreb. Les maigres étagères du stand
marocain, sponsorisées par le ministère de la
Culture, étaient heureusement présentées par
un laborieux libraire de Tétouan. A quelques
pas, les présentoirs de l’Union des éditeurs tunisiens,
qui recense plus de cent structures dont
une quinzaine indépendantes, offraient elles
aussi, pêle-mêle sur 5 m2, des traités de management,
des régimes contre l’obésité ou des
coloriages, mais également, petites pépites, les
romans souvent féminins des élégantes éditions
Elyzad. Le dernier roman de Leïla Sebbar, Mon
Cher fils, ou le roman dense et las de Kaouther
Khlifi, Ce que Tunis ne m’a pas dit, en sont
deux jolis fleurons. Cette encourageante trouvaille
n’était qu’un prémice : sur les tables du
carré algérien, diversifié, outre les classiques
livres de patrimoine, je me suis arrêtée un moment
sur la réédition des chroniques de Saïd
Mekbel chez Dalimen, avant de m’attabler tout
à fait entre les éditions Barzakh et Chihab éditions,
dont les identités formelles et la jeune cohérence
de ton affichent un professionnalisme
réel, un amour du livre certain et une volonté
d’accompagner des auteurs nouveaux tout à
fait courageuse. Chez Chihab, on avançait que
le combat se mène surtout sur le terrain de la légitimité
à exister sans être estampillé français,
sur la capacité à fédérer les lecteurs nationaux
autour d’un projet algérien et à convaincre les
auteurs étrangers d’être édités en Algérie.
Mais certains signes ne trompent pas : c’est
bien autour de ces tables algériennes que, saluant
l’amour du métier et la ténacité d’une éditrice
dévouée, je me suis retrouvée bousculée
par une célèbre et bruyante critique française
à la recherche de sang neuf, que ce soit celui
du poète embrasé Malek Alloula ou celui de
l'étrange Mustapha Benfodil…

Categorie(s): culture

Auteur(s): Delphine G.

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