Bouteflika à l’épreuve du temps

Elwatan; le Mercredi 28 Octobre 2015
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Le président de la République subit trois contraintes majeures : un système politique qui fonctionne avec une Constitution inachevée et inadaptée, un effondrement de la rente pétrolière, son principal outil de règne, et enfin une colère populaire montante, exploitée par une opposition qui gagne en puissance et en crédibilité.

Dans les prochaines semaines, il pourrait s’attaquer au premier dossier, en apparence le plus facile, celui de la réforme constitutionnelle. Un Conseil des ministres pourrait rapidement se tenir afin d’adopter l’avant-projet qui sera soumis juste après pour adoption aux deux Chambres réunies. La révision de la Loi fondamentale a été maintes fois reportée, le chef de l’Etat ayant probablement considéré qu’il n’avait pas encore toutes les cartes en main.

Cette fois il les aurait, avec l’élimination du dernier «carré» des généraux non acquis totalement, à leur tête le général Toufik, et l’ancien appareil du DRS. Si elle passe sans accroc auprès des institutions, la nouvelle Constitution réformée sera rejetée par l’opinion publique si elle consacre de nouvelles restrictions des libertés démocratiques et si elle bâillonne les contrepouvoirs.

Une nouvelle république algérienne ne peut naître mutilée. S’il est tout puissant, Bouteflika redoute désormais l’opposition qui a beaucoup gagné de terrain ces derniers temps, ayant mûri, s’étant organisée pour passer à l’offensive avant la fin de l’année en cours. Structurée au sein de la Coordination démocratique, celle-ci pourrait mettre à profit l’impasse économique dans laquelle se trouve le pouvoir à la suite de l’effondrement des prix des hydrocarbures ; touchés par une forte austérité, les Algériens orienteront leur colère tout naturellement vers Bouteflika, incarnation d’un système injuste. C’est apparemment ce qu’ont compris le FLN et le RND, qui rivalisent d’efforts pour essayer l’un et l’autre – pas nécessairement l’un avec l’autre – de tisser autour du chef de l’Etat une sorte de «cordon sanitaire».

Théoriquement, le président de la République n’a pas besoin d’un «front de soutien» puisqu’il s’est accaparé de tous les pouvoirs. Mais Amar Saadani et Ahmed Ouyahia savent que tout ce qui a été construit autour de lui est d’une extrême fragilité, car ne reposant que sur la cooptation, le provisoire et l’éphémère.

Le pouvoir pourrait rapidement s’effondrer sous les coups de boutoir d’une colère populaire – un remake d’Octobre 1988. Et elle ne serait pas une manipulation de l’opposition ou de la «main étrangère» mais bel et bien le résultat, dès le début de l’année 2016, de la mise en place de la nouvelle loi de finances et de la politique gouvernementale d’austérité : hausse des prix, blocage de salaires, montée du chômage, gel des projets économiques et sociaux.

C’est donc une course contre la montre qui s’impose à Bouteflika qui n’a plus, comme avant, le temps avec lui. Et le temps, cette fois-ci, travaille contre lui, d’autant que sa santé décline inexorablement et assez rapidement. Les dernières images à la télévision publique, où il s’entretenait péniblement sans bouger avec le Premier ministre tunisien, sont édifiantes.

Categorie(s): edito

Auteur(s): Ali Bahmane

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