Calcul arithmetique des «quotas» : l’équation démographie-économie comme principe

Elwatan; le Lundi 26 Octobre 2015
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Se disant prête à accueillir 800 000 demandeurs d’asile et donnant son feu vert pour l’accueil d’un «contingent» de 31 443 nouveaux réfugiés contre 50 400 pour la Grèce, 24 000 (France), 15 000 (Italie) et 54 000 (Hongrie), 14 931 (Espagne), 4564 (Belgique), 9287 (Pologne), 4469 (Suède), 4646 (Roumanie), etc., l’Allemagne se montre, ainsi, la plus généreuse en Europe, alors qu’il n’y a pas si longtemps elle tenait un autre langage et était intransigeante : Oui à la solidarité, mais «nein» aux quotas.

Comment peut s’expliquer ce basculement inespéré de Berlin, voire d’une bonne partie du vieux Continent ? Quelles pourraient-être les considérations qui auraient amené à moins d’intransigeance de la part de l’UE ? A en croire des observateurs avertis, les vrais enjeux sont de nature tout autre : d’abord démographique, puis économique. A l’horizon 2050, l’Europe sera confrontée à un sérieux déficit démographique.

De plus de 500 millions, la population européenne pourrait passer à 450 millions d’habitants du fait du vieillissement. L’Allemagne, où la natalité s’est carrément affalée - le nombre de naissances ne parvenant pas à compenser le nombre de décès -, sera la plus touchée.

Sa population risque d’être amputée d’une moyenne de 4 à 5 millions. Aussi, les statisticiens de l’Eurostat prédisent des déficits démographiques non moins négligeables en Italie, Espagne, République tchèque et en Hongrie, nous a indiqué le Français Thierry Leclère, grand reporter, expert dans le domaine des migrations.

En somme, le vieux Continent pourrait avoir besoin d’au moins 13 millions de migrants pour son rajeunissement et pour faire tourner ses usines, a-t-il précisé.

D’où les irréversibles migrations de remplacement.
Dans son analyse, M. Leclère est conforté par des statistiques officielles. En effet, d’après le bilan démographique 2014 dressé par l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), «le vieillissement de la population se poursuit aussi en Europe, à un rythme un peu plus marqué qu’en France, la natalité y étant globalement moins élevée».

En dix ans, la part des personnes de 65 ans ou plus a progressé de deux points en Europe, passant de 16,2% au 1er janvier 2003 à 18,2% au 1er janvier 2013. En France, sur la même période, cette part n’a progressé que de 1,7 point. Au 1er janvier 2013, en Italie et en Allemagne, les habitants de 65 ans ou plus représentaient environ 21% de l’ensemble de la population contre seulement 12% en Irlande et 17,6% en France. Au 1er janvier 2014, la population de l’Union européenne était estimée à 507,4 millions d’habitants.

La France reste le deuxième pays le plus peuplé de l’UE, concentrant 13,0% de sa population, derrière l’Allemagne (15,9%) et juste devant le Royaume-Uni (12,7%).

S’agissant de l’enjeu économique, la chancelière allemande en dévoilant l’accord européen de répartition des quotas, obtenu au forceps, et où il a été tenu compte surtout du nombre d’habitants, du taux de chômage, du nombre de demandes d’asile enregistrées dans le pays et le produit intérieur brut, sommait ses voisins de prendre leur part de réfugiés : «…Nous devons nous répartir l’effort pour une meilleure gestion de la crise migratoire».

Mais elle avait omis de préciser que son pays manquait sérieusement de main-d’œuvre bon marché, mais aussi très peu exigeante : 1,8 million d’emplois qui ne sont pas pourvus dans les usines allemandes, et que d’ici 2030 le besoin en termes d’actifs pourrait s’élever à 6 millions.

Ce que confirme l’INSEE : «L’Allemagne présente d’indéniables performances économiques : faible chômage, excédents extérieurs record et comptes publics sains. Toutefois, il n’en demeure pas moins que les perspectives à plus long terme sont moins positives, notamment de par sa démographie déclinante et sa population vieillissante. Le recours aux populations du sud de l’Europe semble pouvoir être une solution au moins partielle de court terme à ce problème structurel».

D’où la générosité de la chancelière Merkel qui a d’ailleurs surpris le monde entier, excepté ses voisins immédiats dont certains, à l’image de la Hongrie, la Finlande, la Slovénie ou encore la Pologne estimaient n’avoir «aucune leçon de générosité à recevoir d’elle».

Sur les réseaux sociaux comme sur les blogs dédiés aux questions des migrations, la sortie allemande a été au cœur de nombre de commentaires virulents : «Les pays européens, l’Allemagne en tête, se sont précipités sur l’opportunité qui leur a été offerte par la photo du pauvre garçonnet Aylan.

Balayer l’Histoire et la mauvaise réputation du siècle dernier en accueillant à tour de bras ces migrants et avoir rapidement de la main-d’œuvre à bas prix en les employant pour faire tourner les usines», écrivait un internaute français. Et un autre de s’interroger : «Ce que je n’ai pas compris, c’est l’attitude de la France qui part chercher des réfugiés à Munich pour les coller dans des cars et les installer en France (à Cergy ou à Champagne).

Des maires de petites communes de province… déclarant à la télé qu’ils sont prêts à accueillir ces étrangers si ce sont des infirmières, des médecins, ou des familles avec enfants… afin d’assurer un service santé dans leur ville, ou de ne pas voir de classe fermer dans leur école de village  !».

A ce sujet, Mohamed Chabou, représentant d’un grand parti politique algérien en Suisse, nous dira, pour sa part, depuis Zurich où il est établi depuis une trentaine d’années : «A mon humble avis, le problème ne réside pas dans ces migrants ou réfugiés, hommes, femmes, enfants, sur les routes de l’Europe, encore moins dans la manière de se les répartir.

Mais le problème est d’éliminer d’abord les barbares dans le Moyen-Orient et de condamner avec virulence ceux qui les financent, ceux qui achètent leur pétrole et ceux qui transfèrent leurs pécules. Car ces Syriens et ces Irakiens, de toutes confessions, ne veulent pas être parqués ad vitam  æternam (à jamais)».

Toujours en Suisse où, dit-on, la répartition des requérants d’asile s’appuie sur le principe de la solidarité, le regard de nombre de défenseurs des droits des migrants est plus critique : «La répartition des quotas est une pratique qui trie les personnes comme si elles étaient des paquets à la poste.

Sa clé se base uniquement sur un calcul arithmétique qui ne prend en considération ni la volonté des migrants ni les différences de traitement ou d’opportunités entre les pays», souligne une chercheuse à l’université de Fribourg et membre de l’association «Vivre Ensemble», un service d’information et de documentation sur le droit d’asile. 

Categorie(s): economie

Auteur(s): Naima Benouaret

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