Capitaines d’industrie, barons de l’informel… les nouveaux riches, combien sont-ils ?

Elwatan; le Lundi 2 Decembre 2013
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Evidemment, le classement prend en compte la fortune accumulée en équivalent dollars, car si l’on venait à comptabiliser les milliardaires algériens en monnaie nationale, leur nombre est évidemment plus important, mais leur identité est loin d’être publique.
Selon une étude du New World Wealth, un cabinet de consulting basé en Grande-Bretagne, le nombre de millionnaires (personnes possédant un million de dollars ou plus (plus de 10 milliards de centimes de dinars) en Algérie était de 4100 en 2012 et serait de 5600 d’ici 2020. Plus de la moitié, soit 2300, recensés sont de la capitale, Alger.

Selon ce document, «une croissance économique rapide favorise l’émergence des riches», ce qui n’est par le cas en Algérie puisque la croissance économique a difficilement dépassé les 3,5% ces dernières années.  Si le PDG de Cevital est listé, ceux qui ne le sont pas ne sont pas pour autant moins lotis. Les hommes d’affaires connus et reconnus comme Haddad, Hamiani, Mehri, Wahid, Hasnaoui ne figurent pourtant dans aucun classement. Si les activités de leurs entreprises sont recensées et rentables, leurs fortunes personnelles ne sont pas du domaine public. Alors qu’aux Etats-Unis, les noms des Américains les plus nantis sont répertoriés et suivis régulièrement, en Algérie, parler d’argent est tabou, de peur d’être épinglé par le fisc.    

Pourtant, les nouveaux milliardaires en Algérie (en dollars ou en dinars) existent bien mais si leurs noms ne sont pas connus du public, leurs habitudes de consommation les trahissent, des villas somptueuses construites en un temps record, des voitures luxueuses, dont certaines des pièces uniques, des appartements achetés dans des quartiers réputés, on ne se refuse rien. La dernière enquête de l’office national des statistiques a démontré que 10% de la population la plus favorisée captait plus d’un quart des dépenses annuelles de la population.
Et c’est dans cette catégorie que l’on dépense le plus, notamment en transport et communication (24%). Car les voitures de luxe font partie des péchés mignons des gens friqués, du moins ceux qui ont un goût prononcé pour l’exubérance. Et ce type de véhicules ne manque pas sur nos routes.

Ferrari, Jaguar…

Un importateur de véhicules de grandes marques, spécialisé notamment dans les grosses cylindrées de type Range Rover (vendu au bas mot à 4 millions de dinars et dont le prix dépasse parfois le 10 millions de dinars) raconte : «ceux qui achètent nos 4x4 le font pour le prestige», même si par ailleurs il y a de plus en plus de véhicules surélevés qui circulent et souvent «parce que l’état de nos routes est catastrophique», note-t-il.  Outre le Range Rover, notre interlocuteur dont le showroom est installé dans la banlieue ouest d’Alger, vend aussi les marques Audi, Mercedes, Jaguar et même Ferrari. Cette dernière marque italienne coûte la bagatelle de 50 millions de dinars et pourtant «on en a déjà vendu», précise-t-il.

Les prix dans ce showroom atteignent jusqu’à 28 millions de dinars et pourtant «nous importons une fois par semaine et nous vendons tout ce que nous ramenons, nos clients repartent avec leur bien dans la même journée», nous dit encore le responsable, qui préfère ne pas donner d’indications sur le niveau de ses ventes.
Ce qui est le plus édifiant, c’est que le règlement se fait par cash et sur place dans la majorité des cas, «les gens circulent avec du liquide», dit-il. Il nous cite en exemple l’histoire d’une cliente, de passage dans le quartier, entrée par hasard dans le showroom et repartie «avec une Jaguar de 6,5 millions de dinars, payée cash, en laissant sa voiture derrière. Ici, le cash est légion, sinon parfois le client revient deux heures plus tard avec la somme nécessaire».  

Quant à savoir quel type de personnes se baladent à Alger avec des centaines de millions de centimes en quête de bonnes affaires, le responsable des ventes a une seule certitude, «ce ne sont pas des Algérois, ils viennent d’Oran, de Sétif ou de l’intérieur du pays».

Anciens et nouveaux riches

Le cash domine également les transactions dans l’immobilier, secteur connu pour être parmi les canaux prisés du blanchiment d’argent.
Là aussi, les nouveaux riches laissent exprimer leurs désirs, donnant une certaine idée sur leur profil.  
Un courtier dans l’immobilier en donne cette définition : «Les nouveaux riches ce sont des affairistes, des trafiquants de drogue, des professionnels de l’import-export. Ils sont apparus après l’affaire Khalifa, car ils ont touché de l’argent dans cette histoire, c’est d’ailleurs eux qui ont fait grimper les prix de l’immobilier à partir de 2005».
A ne pas les confondre donc avec «les anciens riches qui eux sont d’anciens commis de l’Etat (ambassadeurs, sénateurs, juges) dont ils ont bénéficié des largesses».

On nous cite l’exemple d’un fonctionnaire de l’Etat, qui cherchait il y a deux ans à louer un appartement à 50 000 da ; un an plus tard, il disait être à la recherche d’une villa ou un terrain dans un beau quartier d’Alger pouvant verser tout de suite jusqu’à 40 millions de dinars.
Comment reconnaître les nouveaux riches ? Selon un agent immobilier, «ils ont des bureaux d’études, des sociétés de promotion ou d’import-export. Ce sont des promoteurs qui cherchent  des terrains pour la petite et la grande promotion, pour construire des villas ou des immeubles avec un budget qui peut aller jusqu’à 5 milliards de centimes».  

Ce sont aussi des gens «qui possèdent plusieurs villas et les proposent à louer dans des quartiers chics (Hydra, Sidi Yahia, Poirçon, Saint Rafael, Bd Bougara, les Vergers… Certaines sont à leur nom, d’autres sont au nom de membres de leurs familles». Enfin, leur fortune transparait dans ce qu’ils construisent. «Edifier une villa de 40 millions de dinars en six mois, il faut en avoir les moyens, certains l’ont».
Mais tous les nouveaux riches n’ont pas une fortune aux origines douteuses, «certains se sont enrichis en touchant un héritage, ou en vendant un bien familial ou des terres», nous raconte l’agent immobilier. Selon lui, ces catégories représentent «entre 40% à 50% de ceux qu’on appelle les nouveaux riches aujourd’hui».
 

Categorie(s): economie

Auteur(s): Safia Berkouk

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