Changement d’attitude des jeunes à l’égard des professions pénibles : «Homme cherche emploi dans le nettoyage à domicile»

Elwatan; le Jeudi 22 Octobre 2015
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Je travaille pour prendre en charge ma famille. Je fais tout ce qu’on me propose : jardinage, nettoyage, chauffeur…

Je ne peux pas rester sans travailler». Ce sont les propos d’Amine, jeune Algérois ayant posté une annonce sur le site Ouedkniss.com depuis quelques semaines.

En ce moment, Amine attend toujours une opportunité. A 23 ans, Amine parle comme un père de famille qui ne cherche qu’à faire sortir sa famille de la misère. Il a quitté les bancs de l’école à 19 ans avec le certificat de 3e année moyenne. Il n’a pas perdu son temps comme la plupart des jeunes. Amine a suivi une formation en plomberie. Un métier qui semble trop demandé. Néanmoins, il ne l’a pas aidé à vivre décemment.

Après avoir terminé son stage, Amine accepte la première proposition de travail qui lui a été faite. Il travaille alors pendant 6 mois pour une société privée dans le cadre de l’opération «Blanche Algérie». Une opération qui a fait parler d’elle sans impact réel sur le cadre de vie des Algériens, notamment dans les grandes villes.

Encore moins sur l’insertion des jeunes recrutés dans le cadre de cette opération. Amine a travaillé par la suite comme jardinier dans une ambassade pour le compte d’une société privée. Mais cela n’a pas duré. «On m’a recruté en qualité d’agent polyvalent. Je faisais tout.

C’était très dur pour moi», nous confie-t-il encore évoquant aussi des problèmes concernant la rémunération. Paiement qu’attend avec impatience toute sa famille. 

Ainsi, le témoignage d’Amine efface tous les préjugés quant au refus des jeunes d’accomplir les tâches dures pour un petit salaire. «Je ne sais pas pourquoi certains jeunes refusent de commencer avec un ''petit" salaire. En tout cas pour moi, c’est avec le travail que le salaire peut être augmenté», se persuade-t-il.

Des jeunes comme Amine sont-ils nombreux, ou bien l’image des  «parkingueurs» habitués au gain facile prime toujours ? Les différentes annonces affichées sur des sites d’emploi, notamment Ouedkniss.com laissent entendre que des jeunes Algériens de toutes les catégories (universitaires, diplômés de la formation professionnelle…) valorisent de plus en plus le travail, surtout lorsque le poste proposé leur assure une couverture sociale.

Les raisons du changement de tendance

Certains sont allés jusqu’à proposer d’assurer les tâches ménagères. «Homme cherche emploi dans le nettoyage à domicile». Telle est la nouvelle tendance du marché de l’emploi.

Au moment où les femmes de ménage se font désirer, les hommes prennent le relais. Cette tendance a-t-elle été dictée par la réalité du marché de l’emploi ? Manque d’opportunité de travail dans d’autres domaines, sachant que les hommes qui demandent à travailler dans le nettoyage ont parfois un diplôme universitaire ? Lors d’une virée au parc d’Extranet, un EPIC spécialisé dans la  collecte des déchets, nous avons constaté l’enthousiasme des jeunes Algérois pour  le travail de la voirie.

Raison ? Selon Rachid Mechab, directeur général d’Extranet à la tête d’un son effectif de 5200 agents de la voirie, les jeunes cherchent surtout «un emploi sûr». Chose qu’ils ont pu concrétiser avec cette entreprise de nettoyage. «98% des agents recrutés sont restés.

Ceux qui ont quitté l’entreprise, c’est à cause des fautes professionnelles», témoigne le directeur d’Extranet attestant que même des femmes ont postulé pour travailler comme agent de la voirie. Néanmoins, «culturellement cela n’est pas possible.

Du moins pour le moment», renchérit M. Mechab qui n’exclut pas le recrutement des femmes pour s’occuper de l’environnement. «Si l’entreprise arrive à moderniser davantage ses structures et ses équipements, on pourra recruter des femmes pour les postes d’ingénieur en environnement», affirme-t-il.

Au sujet de l’engouement des jeunes, M. Mechab parle de la stratégie de gestion qui s’appuie sur la communication technique et la gestion de l’aspect comportemental des citoyens. Ce qui a causé jusque-là du tort aux agents de nettoiement qui se plaignent constamment des actes d’incivisme.

Le directeur d’Extranet préfère parler du «métier de la propreté de ville» que «d’agents de la voirie». Il compte joindre la technique aux moyens afin de permettre aux personnels dédiés à cette activité de travailler sans impact sur leur santé mais surtout leur image dans la société.

En premier lieu, l’établissement Extranet a adopté la gestion de proximité dans la mesure où chaque agent recruté travaille dans son quartier ou commune, ce qui lui épargne le déplacement et des frais en plus. Cette stratégie fait des économies de 2600 DA représentant la prime de transport et 6000 DA celle liée au panier.

«Pour le salaire, nous avons intégré des agents des communes qui touchaient entre 8000 DA et 12 000 DA, actuellement le moins payé est passé à 28 000 DA. Les salaires sont entre 28 000 et 40 000 DA», déclare M. Mechab. «Le résultat est très satisfaisant», estime-t-il.

Le poste d’agent de la voirie est valorisé, ce qui a rendu cette activité attractive, comme en témoignent de nombreux jeunes agents rencontrés au  parc d’Extranet de Dar El Beida.

Ces derniers ne comptent pas changer d’activité. «Je suis venu par le biais de l’ANEM. Je compte y rester. Le salaire est motivant, en plus c’est une entreprise nationale, mes droits sont assurés contrairement au privé, surtout en ce qui concerne la sécurité sociale», déclare un agent de la voirie âgé de 21 ans. «Il y a un changement radical dans l’état d’esprit des jeunes. Ils cherchent la sécurité de l’emploi.

Ce dernier est sécurisé chez Extranet et leur salaire est remis à temps», souligne le premier responsable de cette entreprise.

Categorie(s): magazine

Auteur(s): Rahmani Djedjiga

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