Chirurgie cœlioscopique : les prémices d’une médecine de qualité

Elwatan; le Mercredi 22 Fevrier 2012
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C’est à l’initiative de la SAC (Société algérienne de chirurgie) que l’université de Mostaganem vient d’abriter une journée consacrée à la cœliochirurgie. A quelques mois de l’ouverture de la faculté de médecine de Mostaganem — prévue pour la prochaine rentrée universitaire avec une capacité nominale de 4000 étudiants tous cycles confondus — cette rencontre, d’une haute teneur scientifique, méthodologique et pédagogique, aura drainé le gratin de la chirurgie  algérienne. Ouverte conjointement par le wali et le professeur Graba, président en  exercice de la SAC, la rencontre a été rehaussée par la présence des membres de l’exécutif ainsi que d’un panel de médecins et de chirurgiens.

Les participants, venus d’Alger, Tlemcen, Oran, Sidi Bel Abbès, Aïn Témouchent, ont eu droit à pas moins de 30 communications orales et 23 posters. Au menu, la cœlioscopie dans le traitement des tumeurs de la vésicule biliaire et de la sphère abdominale, la chirurgie réparatrice et les transplantations rénales et hépatiques telles que pratiquées en Algérie. A travers les résultats communiqués par les conférenciers, on se rend compte à quel point le pays dispose de compétences de très haut niveau, voire parfois de pointe, comme l’illustrera le professeur Graba dans sa communication sur la greffe de foie, qui se pratique depuis une décennie, notamment au niveau au Centre du pays.

Les rôles du radiologiste et de l’anatomo-pathologiste ont été fortement soulignés par les intervenants, notamment dans la chirurgie cœliaque de la vésicule biliaire ainsi que lors des greffes hépatiques.  Leurs apports sont déterminants pour à la fois déterminer la nature tumorale ou non de la vésicule et pour aider à l’anastomose lors de la greffe. Parlant de la transplantation hépatique — la première greffe ayant été réalisée le 5 février 2003 par l’équipe du Pr Graba en collaboration avec le CHU Pontchaillou de Rennes —, les nombreux intervenants mettront l’accent sur son extrême délicatesse ainsi que sur la capacité de régénération de cet organe vital.

Suite à une communication sur la transplantation hépatique entre donneurs vivants, le débat s’est vite déplacé sur le statut du donneur ainsi que sur le non-recours à des prélèvements cadavériques, une pratique courante dans les pays occidentaux. Ce à quoi le président de la SAC répondra en soulignant que les textes sur l’Agence nationale des transplantations sont à la signature au niveau de la chefferie du gouvernement. Ce qui fera réellement arrimer l’Algérie aux nations avancées dans le domaine ultra sensible du don d’organes, d’autant que les textes régissant ce volet sont compatibles avec nos croyances et coutumes.

Toutefois, dans la pratique, deux écoles semblent s’affronter : l’une refusant catégoriquement le prélèvement chez l’épouse, afin de préserver la cellule familiale et de contourner les pressions à l’intérieur des familles, et l’autre se souciant davantage des retombées pécuniaires de l’intervention. Dans ce cadre, il apparaît clairement que ce sont généralement les filles qui sont les plus généreuses. Abordant la nécessité d’un dépistage précoce, un conférencier rapportera le cas de 12 jeunes Marocains traités à Strasbourg pour souligner l’incohérence de ce transfert qui n’est nullement justifié.

En aparté, un spécialiste nous dira que dans cette affaire, ce sont les chirurgiens alsaciens qui tirent les marrons du feu, surtout s’agissant de pathologies rares dans les pays développés. En décodant son langage feutré, on découvre qu’il s’agit tout simplement de «cobayes humains donnés en pâture aux chirurgiens français afin de se faire la main».  Une digression fort utile sur la pratique de la cœlioscopie qui peut parfois entraîner des drames. C’est pourquoi la communication de Mlle Simerabet, de l’EHU d’Oran, consacrée aux facteurs favorisant les plaies biliaires fera l’objet d’un fructueux débat, d’où il est apparu que l’absence de pratique et l’excès de confiance étaient les facteurs les plus déterminants dans la survenue d’accidents pouvant parfois déboucher sur des drames.

Pour le professeur Seddiki, chirurgien et recteur de l’université de Mostaganem, «l’expérience ne doit jamais céder devant la vigilance». Une sage résolution, à la veille de l’ouverture de la 4e faculté de médecine de l’Oranie, dont la construction vient enfin de prendre un rythme soutenu.           
 

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Yacine Alim

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