Chômage et précarité de l’emploi à Béjaïa : La vie au jour le jour

Elwatan; le Mardi 17 Mars 2009
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Sourire aux lèvres, père de trois fillettes, Mohand est vendeur de sandwichs dans les trains. Il prend chaque jour ceux qui desservent la ligne ferroviaire Alger-Constatine pour vendre aux voyageurs ses «casse-croûtes» qu’il prépare à la maison.
Combien gagne-t-il par jour ? «Cela dépend... Je gagne 300, 400, voire 500 DA par jour. C’est mieux que rien !» dit-il. Moh, comme on se plaît à l’appeler, est malade chronique. Il souffre d’épilepsie. «Je prends des risques quotidiennement en empruntant les trains. Mais je n’ai pas le choix, j’ai une famille à nourrir» lâche-t-il, résigné. Son cousin et ami fait le même boulot. Il reconnaît avoir eu des épisodes dépressifs. Il n’arrive pas à subvenir aux besoins de sa famille nombreuse. De quoi lui inspirer des idées noires, car pour lui «ce n’est pas une vie». Il a travaillé chez un entrepreneur qui, affirme-t-il, le payait 6000 DA par mois. Lui qui doit nourrir une famille de huit personnes. Il a dû quitter son boulot pour vendre, lui aussi, des sandwichs dans les trains.

Un autre père de famille, qui dit avoir sept enfants, et habitant dans un bidonville dans la région de la Haute Soummam, travaille comme vendeur dans les marchés hebdomadaires. Pour lui, il est impératif qu’il vende quelque chose dans la journée. C’est «une question de vie ou de mort» pour lui et sa petite famille. Il insiste, à haute voix, auprès de ses clients pour leur vendre ces pommades «anti-douleur», ces huiles curatives et tant d’autres produits de «médecine parallèle». Il y a ainsi plusieurs chefs de familles qui se recyclent vendeurs de n’importe quel produit. D’autres, bien que plus ou moins «vieux», perçoivent 3000 DA par mois dans le cadre du dispositif de l’emploi de jeunes ou du Filet social (ESIL,
IAIG, etc).

Des familles vivent également du pillage de sable. Comme en témoigne ce jeune garçon : «Nous vivons de la vente de sable. Mon père travaille chaque jour dans l’oued, lorsqu’il n’y a pas de crues. Ici, remarque-t-il, dans les tas de tout-venant, chaque groupe de personnes possède son territoire qu’il exploite». Ils remplissent pour 1000 DA la remorque d’un tracteur. Ils doivent prier le ciel pour qu’il n’y ait pas de crues afin qu’ils puissent travailler.Confectionner le tabac à priser artisanal est le métier de beaucoup de pères de famille aussi. «Moi je vis de la vente de la chique. Je suis marié et j’ai des enfants. Je n’ai pas d’autres choix que de vendre ce tabac» nous dit un quinquagénaire qui travaille uniquement dans les marchés hebdomadaires.

En saisonniers, ils sont cultivateurs ou tailleurs d’arbres, surtout d’oliviers, pendant l’hiver et le printemps. En été et en automne, ils travaillent la terre dans de petits maraîchages de particuliers.
Toutefois, les choses se corsent davantage si le père ne travaille pas et qu’il soit, en plus, malade chronique. Comme cet homme asthmatique qui se trouve réduit à mendier, la pompe antihistaminique à la main. Ce sont-là quelques tranches de vies de pères de familles qui vivent d’expédients, faute de mieux.

Categorie(s): actu kabylie

Auteur(s): A. Y.

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