Cimetière des éléphants

Elwatan; le Samedi 5 Janvier 2013
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Ahmed Ouyahia avait étonné, en novembre dernier, lors de la campagne pour les élections locales, en demandant l’application de la peine de mort, gelée en Algérie depuis près de deux décennies. Cette déclaration, même électoraliste, avait stupéfait les observateurs ainsi que les militants du RND, lorsque l’on sait que l’orateur a été plusieurs fois à la tête du gouvernement et plus particulièrement au ministère de la Justice. Le parti était-il atteint d’une indigence politique mortelle pour développer ce genre de discours à mille lieues des préoccupations des citoyens et aux antipodes de la marche du monde ? En tout état de cause, les décideurs du pays semblent avoir accédé à cette revendication d’un autre temps, mais en autorisant seulement la mise à mort politique de l’ex-Premier ministre. Lorsque l’on sort de la scène sous les huées, il est difficile de nourrir l’espoir d’un repêchage miraculeux et d’un retour providentiel à de hautes responsabilités politiques.

Le jeu de la mort pour l’élection présidentielle de 2014 a commencé et plusieurs têtes vont sans doute tomber, celles encore aux commandes et d’autres qui seraient tentées de sortir de l’ombre. Le jet d’éponge de Ouyahia n’est qu’un épisode de la violence qui caractérise la vie politique nationale depuis que l’Algérie s’est émancipée du colonialisme. Les démissions, les mouvements de «redressement» et autres coups d’Etat scientifiques dans les appareils politiques créés dans et pour le pouvoir ne sont que la manifestation publique d’une guerre sans merci que se livrent les différents clans au sein du sérail, solidaires dans la perpétuation d’un système corrompu et répressif, mais impitoyables à l’occasion du renouvellement des équipes dirigeantes.

Ce spectacle atterrant, qui met en scène des figures honnies et appartenant à un monde coupé des réalités, ne fait que prolonger le cauchemar politique dans lequel se débat le pays depuis des décennies. Laminés par une paupérisation enracinée dans la société du fait de la gestion passée de ces mêmes responsables, les citoyens prêtent peu d’intérêt à ces convulsions qui agitent le système et savent que d’autres silhouettes vont se diriger vers le cimetière des éléphants. L’effacement progressif de personnalités que l’on croyait inamovibles et omnipotentes précipitera l’effondrement d’appareils politiques conçus pour offrir au monde l’illusion d’une vie démocratique régulière. Le renouveau politique sera possible lorsque la scène nationale sera animée par des formations structurées à partir de la base et non fomentées dans les arcanes du pouvoir.

Categorie(s): edito

Auteur(s): Djaffar Tamani

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