Commune de Hassi R’mel : Gazière, hybride, riche et indigente

Elwatan; le Mardi 21 Fevrier 2012
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Classée parmi les grands pôles d’hydrocarbures du pays aussi bien par l’importance des infrastructures industrielles installées sur son sol que par son gisement d’emplois qui ont irréversiblement détourné la population bédouine de sa vocation pastorale depuis la mise en exploitation de son champ gazier en 1956, Hassi R’mel n’est pourtant pas l’eldorado que l’on pense. Sa population s’estime la plus lésée par la politique de développement qui n’a pas ciblé l’essentiel des conditions de vie des citoyens à commencer par le travail.

Hassi R’mel a été peuplée, depuis la nuit des temps, par la souche autochtone des Maghraouas qui pratiquaient l’élevage. Des tribus arabes occupèrent la région de Daya vers le XVIIe siècle et leur brassage a donné naissance à la grande confédération des l’Arbaa. Au début du XXe siècle, le territoire des l’Arbaa fut touché par la loi du Sénatus-consulte qui consistait à découper ce vaste parcours d’Achaba (transhumance) en plusieurs unités qui répondaient en garde partie à des considérations tribales d’où naquit le concept de la terre arch reconnue juridiquement.

La commune de Hassi R’mel a connu une forte croissance démographique depuis la mise en exploitation du champ gazier passant de 1903 habitants en 1966 pour atteindre 22 554 habitants, selon les dernières statistiques officielles. Elle se caractérise par une concentration de l’infrastructure scolaire au niveau de l’agglomération chef-lieu dont 6 écoles primaires, 3 établissements d’enseignement moyen et 2 lycées d’une capacité totale de 276 élèves. La formation professionnelle reste toutefois le parent pauvre de l’enseignement car il existe un seul centre de formation au chef-lieu de la commune. Ce qui marche le plus dans la contrée est par contre l’immobilier avec la réalisation d’une toute nouvelle ville appelée Bellil.

Le parc logements est donc passé de 3 247 en 2002 à 5 500 en 2011 soit en additionnel de 1 348 logements dont 1 452 dans la seule nouvelle ville. Hassi R’mel est également dotée de 3 polycliniques, 3 maternités et une seule salle de soins à Bouzbir ainsi qu’un centre de santé et un cabinet privé. L’aéroport de Hassi R’mel (Tilrhemt) est une infrastructure desservant la zone industrielle ainsi que le sud de la wilaya de Laghouat. Ceci pour l’infrastructure de base, mais qu’en est-il de l’activité industrielle proprement dite et pourquoi les chômeurs s’obstinent-ils à dire qu’ils ne trouvent pas d’emploi dans ce champ gazier ? C’est auprès du bureau de main-d’œuvre de la commune que nous avons confirmé l’existence de 25 sociétés nationales et multinationales activant dans la région ainsi que la grande centrale hybride gérée par la société espagnole Abner et comptant parmi les plus grandes centrales d’énergie solaire en Afrique.

Selon le bureau de main-d’œuvre local, la population active de la commune est estimée à 11 373 personnes, soit un taux d’activité de 50,34% de la population totale, ce qui démontre l’énergie humaine considérable de la commune. Les rapports ajoutent que la population occupée représente 71,92%, ce qui implique un faible taux de chômage évalué à 28,08% de la population active concentrée dans le secteur de l’industrie et de l’administration. Mais ces taux sont contestés par les chômeurs qui organisent de longues et infructueuses manifestations de protestation quotidiennes à titre d’exemple, celle organisées actuellement devant le complexe administratif de Sonatrach.

A l’instar des autres chômeurs issus des zones pétrolières du pays, ceux de Hassi R’mel s’estiment lésés par un système éducatif et de formation défavorable avec une fermeture des autres horizons vu la rareté des sols fertiles et les difficultés actuelles de l’élevage dans les régions steppiques, notamment à cause de la pollution des zones de pacage et le tarissement du couvert végétal de la steppe. L’élevage continue pourtant à être l’activité économique fondamentale de la population qui n’a jamais cessé de croire en la pérennité de cette ressource dans l’économie de la population nomade résidant à Hassi R’mel. Malgré tous les aléas de l’industrialisation de la région, l’élevage connaît un maintien admirable grâce aux dernières précipitations qui ont alimenté l’ensemble des oueds de la commune, y compris ceux du bassin versant sud comme oued N’sa, oued Bouzerrab et oued Bellil.

La population résiste donc aux changements découlant d’une activité gazière qui ne profite pas à ses enfants et appréhende son transfert de Hassi R’mel vers la nouvelle ville de d’Oued Bellil dont les autorités locales chantent les louanges et l’intérêt dans l’amélioration des conditions de vie grâce à la mise en place d’habitations à typologie architecturale et urbaine adaptée au mode de vie des habitants. La concentration des projets au niveau de Bellil et la négligence de Hassi R’mel a en effet été accélérée par la promulgation du décret qui classe celle-ci non pas comme zone urbaine mais comme champ gazier et zone industrielle à risques majeurs.                        
 

Categorie(s): actu sud

Auteur(s): Badreddine T.

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