Conflits syrien, irakien, yéménite et libyen : Les opinions «personnelles» du directeur de la DGSE

Elwatan; le Jeudi 29 Octobre 2015
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Les services de renseignement occidentaux suivent avec un intérêt soutenu l’évolution de la situation au Maghreb et au Moyen-Orient, deux régions-clés dans lesquelles ils ont eu à s’impliquer directement ces cinq dernières années pour faire tomber des régimes. Le chef du Renseignement extérieur français, Bernard Bajolet, a laissé entendre mardi, lors d’une conférence sur le renseignement à Washington, que des pays comme l’Irak ou la Syrie ne retrouveraient jamais leur ancienne physionomie.

«Le Moyen-Orient que nous avons connu est fini et je doute qu’il revienne», a déclaré le directeur de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), dans une conférence sur le renseignement à laquelle participait également le directeur de la CIA, John Brennan. «La Syrie est déjà morcelée, le régime ne contrôle qu’une petite partie, environ un tiers du pays établi après la Seconde Guerre mondiale», a-t-il dit, en précisant exprimer des opinions «personnelles». «Le Nord est contrôlé par les Kurdes, et nous avons cette région centrale contrôlée par (le groupe) Etat islamique», a-t-il expliqué, selon l’AFP qui a rapporté l’information.

Et «c’est la même chose en Irak». «Je ne pense pas qu’on reviendra à la même situation qu’auparavant», a-t-il ajouté. Le directeur de la DGSE a toutefois exprimé sa «confiance» dans le fait qu’à l’avenir, le Moyen-Orient puisse se «stabiliser à nouveau». Mais «selon quelles lignes, je n’en sais rien pour l’instant», a-t-il reconnu. «Dans tous les cas de figure, ce sera différent de ce qui avait été établi après la Seconde Guerre mondiale.»

La CIA et les «petits pas»

Le directeur de la CIA a exprimé une opinion voisine. «Lorsque je regarde la dévastation en Syrie, en Libye, en Irak, au Yémen, c’est difficile pour moi d’envisager un gouvernement central dans ces pays qui soit capable d’exercer un contrôle ou une autorité sur ces territoires bâtis après la Seconde Guerre mondiale», a-t-il dit. John Brennan a estimé, par ailleurs, qu’il était «impossible» de trouver une «solution militaire dans chacun de ces pays».

Il ne faut pas chercher «un règlement global», mais d’abord chercher à «faire baisser la température» avec des stratégies de petits pas qui permettent de «rétablir la confiance», a-t-il suggéré. Les deux responsables participaient à une conférence sur le renseignement, organisée par l’université George Washington dans la capitale fédérale.

Dans le cas de la Syrie, le chef de l’Agence américaine du renseignement s’est dit convaincu que les Russes chercheraient à terme à obtenir le départ du président Bachar Al Assad pour trouver une issue au conflit. «Malgré ce qu’ils disent, je crois que les Russes ne voient pas Al Assad dans l’avenir de la Syrie», a estimé M. Brennan. «Je pense que les Russes comprennent qu’il n’y a pas de solution militaire en Syrie, mais plutôt un genre de processus politique», a-t-il déclaré. «La question est de savoir à quel moment et comment ils vont être capables de l’amener (Al Assad) à quitter la scène», a-t-il dit. «Paradoxalement, ils pensent qu’ils doivent d’abord renforcer Al Assad, avant qu’il puisse être retiré», a-t-il expliqué.   

Moscou voulait «acquérir plus de levier et d’influence» en Syrie, avant d’aller vers un «processus politique protégeant ses intérêts» dans le pays, a estimé encore le chef de la CIA. Les Russes disposent, notamment en Syrie, d’une importante base navale à Tartous. Sur le plan militaire, le but de Moscou était d’abord de soulager la pression des groupes rebelles sur le régime dans les régions d’Idleb et Hama, a également indiqué M. Brennan. «Mais ils ont découvert qu’il était beaucoup plus difficile de progresser contre l’opposition qu’ils ne l’avaient anticipé», a-t-il dit.
 

Categorie(s): international

Auteur(s): A. Z.

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