Cosmétiques. Matières précieuses des joalliers : Un look d’orfèvre qui déride

Elwatan; le Jeudi 3 Janvier 2008
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Selon certains spécialistes, une crème au diamant annonce des vertus «anti-âge», d'autres au rubis ou au saphir promettent d'encourager la «synthèse du collagène». Un onguent «aux nano-particules d'or» se proclame énergisant.
C’est devenu un phénomène de mode chez les plus grandes marques que de développer des formules avec des pierres précieuses. Le porte-parole de la chaîne de distribution de produits de beauté Séphora et auteur d'une histoire du parfum estime que «déjà dans l'Egypte pharaonique, l'onguent de minéral divin, un produit pour régénérer, contenait des substances aromatiques, de l'or, de l'argent, des turquoises, des lapis-lazuli». La marque Chantecaille commercialise depuis début décembre une crème énergisante aux nano-particules d'or, en pot de 50 ml vendu 365 euros. Cette crème vante «les bénéfices anti-oxydant et anti-âge naturels de l'or pur», également «anti-inflammatoire, antibactérien, détoxifiant, qui stimule la circulation du sang». L’ancienne responsable marketing chez Clarins, Chrystelle Lannoy, a créé Gemology, une marque de cosmétiques spécialisée dans les crèmes de soin aux gemmes, en vente depuis le début de l'année. Elle explique qu’à travers sa gamme de seize pierres précieuses et semi-précieuses, il a fallu trois ans «pour réussir à extraire ce qui nous intéressait pour la peau : les oligo-éléments.» Selon la marque, le rubis, ingrédient d'une crème pour peaux mixtes, ou le saphir, utilisé dans une crème pour peaux sensibles, contiennent du fer qui favorisent la «synthèse du collagène». Le joaillier Bulgari a, lui aussi, développé une ligne de soins avec la collaboration de Jean-Paul Marty, professeur de dermopharmacologie à l'Université Paris XIe. M. Marty a breveté une formule qui s'appelle le gem essence et les produits utilisent trois pierres fines, l'améthyste, la citrine et la topaze. Le célèbre joaillier révèle qu’il a «créé un principe actif révolutionnaire qui exploite scientifiquement les propriétés naturelles des gemmes pour qu'elles transmettent leur propre splendeur à la peau». Pour sa part, le gemmologue Benjamin Rondeau, enseignant-chercheur à l'Université de Nantes, est certain qu’on a affaire à «du scientisme avéré». «Je n'ai vu aucune étude médicale ou pharmaceutique quelconque qui puisse affirmer que l'emploi des pierres précieuses puisse avoir un quelconque effet sur l'amélioration de la peau», explique-il. Il y a lieu de signaler que l’utilisation de pierres précieuses a été «abandonnée dès le XXe siècle». «Si elles refont surface, c'est parce que les marques ont du mal à vendre leurs produits. L'image de luxe liée à la parfumerie a été perdue. Elles font un gros effort pour renouer avec le luxe, pour vendre mieux», conclut Annick Le Guérer.

Categorie(s): mode

Auteur(s): N. C.

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