Crédit documentaire : graves dérives de certaines banques étrangères

Elwatan; le Lundi 7 Janvier 2013
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Des informations concordantes en provenance d’entrepreneurs algériens font, en effet, état de nombreux cas d’arnaques consistant à virer le montant total des commandes engagées par le canal des banques étrangères activant en Algérie, sans que ces dernières fassent le constat de la réception intégrale des produits commandés par voie de Credoc. Lorsque l’importateur lésé se plaint à la banque concernée, il ne reçoit généralement pas de réponse et, dans le meilleur des cas, il n’a droit qu’à de fausses déclarations mutuellement concoctées par la banque et le fournisseur étranger, souvent membres d’un même réseau d’intérêts.

Les dépôts de plainte des importateurs victimes de tromperie butent généralement sur l’écueil des procédures judicaires et, lorsque celles-ci parviennent malgré tout à aboutir, les banques étrangères refusent d’exécuter les arrêts des tribunaux algériens en faisant valoir des documents manifestement élaborés en complicité avec le fournisseur. Un constat qu’illustre parfaitement cet industriel algérien qui s’est vu tout récemment notifier la saisie d’une partie de ses biens par une banque française activant en Algérie, qui n’a pas jugé nécessaire de passer par la voie judiciaire, pourtant obligatoire en pareils cas.

Ce dernier avait pourtant bénéficié d’un arrêt de justice rendu en sa faveur, que la banque en question refuse sans justification aucune d’exécuter.  C’est en exploitant à outrance le filon du Credoc et en usant de ce type d’arnaques que certaines banques étrangères sont parvenues à empocher des sommes considérables. Une véritable saignée de devises est ainsi organisée au détriment de l’Algérie.
Depuis l’instauration en 2009 du Credoc comme seul moyen possible de paiement des importations, les importateurs algériens ont, en effet, dû se résoudre à payer en sus de toutes ces coûteuses tromperies sur la conformité des commandes payées d’avance de lourdes commissions généralement composées de frais d’ouverture, de domiciliation et de transfert bancaire empochées par les banques domiciliataires et celles des fournisseurs.

Sur chaque opération effectuée par un importateur algérien, la banque assurant le rôle d’intermédiaire avec la banque du fournisseur s’autorise effectivement à prélever des commissions pour une action consistant essentiellement à confirmer la solvabilité de l’importateur algérien. La confirmation effectuée au moyen d’un simple e-mail transmis à la banque concernée, généralement membre de leur réseau commercial, coûte très cher à l’importateur qui doit, à ce titre, s’acquitter d’environ 1,5% du montant de la facture d’importation.

Pour un pays qui consacre chaque année plus de 40 milliards de dollars aux importations, la facture à payer au titre des formalités de Credoc ne peut évidemment être que très lourde. Un constat que du reste confirme une source proche de la Banque d’Algérie, qui nous apprend que les 14 banques étrangères activant dans notre pays avaient empoché à la fin de l’année 2010 pas moins de 240 millions d’euros de bénéfices, essentiellement tirés d’opérations de crédit documentaire bien souvent effectuées au désavantage des importateurs algériens. Leurs profits auraient augmenté d’environ 8% en 2011 et les prévisions pour l’année 2012 seraient tout aussi bénéfiques pour les banques, notamment françaises, confortablement installées sur les créneaux juteux des importations et du Credoc qu’elles ont fini par maîtriser parfaitement.

La défaillance de la Commission bancaire en raison de l’expiration des mandats de certains de ses membres a ouvert la voie à de graves dépassements commis notamment par certaines banques étrangères, qui se conduisent comme si elles opéraient en territoire conquis. Faute de contrôle et de supervision bancaire, certaines banques à l’instar de celle que nous avons citée ont fini par ne plus respecter certaines règles prudentielles mais, pire encore, à s’arroger des prérogatives de puissance publique en se substituant aux institutions fondamentales de la République, comme par exemple la Justice. Les dérives professionnelles et déontologiques de ces banques ont toutes les chances de se poursuivre et s’aggraver tant que la Commission bancaire de la Banque d’Algérie à qui échoit la mission de supervision et contrôle ne les aura pas sévèrement rappelées à l’ordre.

 

Categorie(s): economie

Auteur(s): Nordine Grim

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