Crise économique : La poussée démographique va exacerber les difficultés sociales

Elwatan; le Lundi 26 Octobre 2015
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Par effet d’accroissement naturel, les naissances seront, à l’évidence, chaque année plus nombreuses. La nouvelle aurait pu être considérée comme bonne si l’économie algérienne tournait à un rythme satisfaisant avec un taux de croissance à la mesure du boom démographique enregistré.

Ces nouvelles naissances seraient autant de bras et de cerveaux au service du développement.

Ce n’est malheureusement pas le cas pour un pays déjà lourdement empêtré dans d’inextricables problèmes de chômage, de logement, d’insuffisance de places pédagogiques, de délabrement des infrastructures de santé publique, de désertification industrielle et de recul des rendements agricoles.

Facteur aggravant, ce «boom» démographique arrive au moment où nos ressources d’hydrocarbures sur lesquelles repose tout le dispositif étatique de prise en charge de la demande sociale est en net déclin. Si ce déclin venait, comme il est sérieusement à craindre, à perdurer, les quelques rattrapages réalisés ces quinze dernières années à la faveur de l’aisance financière (infrastructures routières et logements, notamment) seront dépassés en très peu de temps eu égard à la très forte demande sociale que vont générer ces nouvelles performances démographiques.

Tous les observateurs - et la rencontre récemment organisée par le Conseil national économique et social (CNES) a constitué une excellente tribune pour l’affirmer - s’entendent aujourd’hui dire que l’économie algérienne évoluera désormais dans un contexte de plus en plus contraint.

L’Etat, qui tient à garder, sans doute pour des raisons historiques, son rôle de promoteur exclusif du développement économique et social du pays, devra pour ce faire assurer à la fois le «pain quotidien» à la population existante et la prise en charge d’une demande sociale additionnelle qui explose sous l’effet d’un«baby boom» sans précédent.

Ce qui ne sera évidemment pas une mince affaire dans un contexte de restriction budgétaire déjà largement entamé avec, de surcroît, le risque de s’installer dans la durée.
A moins que les autorités politiques consentent enfin à impliquer massivement le privé algérien dans des financements multiformes de l’économie qui leur sont, pour on ne sait quelle raison, aujourd’hui encore interdits ou limités, la contrainte financière sera si forte qu’elle contraindra l’Etat à exclure du processus de développement une importante frange de la population.

Si, comme on le redoute, le pouvoir persiste à marginaliser, comme c’est actuellement le cas, le privé algérien, il est fort à craindre que par souci de voir la valeur de leur argent s’éroder sous l’effet de la dérive du dinar, les détenteurs de capitaux placent massivement leurs avoirs à l’étranger, aggravant ainsi la crise financière qui a déjà commencé à s’installer. Au regard de la subite et très forte dépréciation du dinar observée ces derniers semaines sur le marché parallèle (182 DA pour 1 euro le 20 octobre 2015), il paraît évident que ce processus de fuite de capitaux est largement entamé. L’impassibilité des autorités concernées face à cette saignée mortelle pour une économie déjà fragilisée par le déclin des recettes pétrolières est pour le moins troublante.

Certains la qualifient déjà de complicité de ce qui s’apparente à un véritable crime économique. A moins d’un changement politique majeur résultant d’une forte pression sociale couplée à un très fort déficit budgétaire qui ne permet plus à l’Etat de répondre aux doléances des citoyens, il est peu probable que l’autorité politique algérienne consente à changer son mode de gouvernance consistant à répartir la rente des hydrocarbures au gré de considérations étroitement liées à son maintien au pouvoir.

Et pour preuve, recourir à l’emprunt extérieur (Chine), plutôt qu’à mobiliser l’argent des Algériens (hommes d’affaires, emprunt obligataire citoyen, etc.) a été son premier réflexe ! Faute de rente pétrolière à la mesure du populisme ruineux que le pouvoir se doit d’entretenir perpétuellement pour rester en place, il est dans la logique des choses que les déséquilibres sociaux s’amplifient tout au long de la décennie à venir.
50 millions d’habitants

Il faut en effet savoir qu’en 2025, la population algérienne dépassera allègrement les 50 millions d’habitants auxquels il faudrait être en mesure de garantir l’emploi, le logement, la santé et la formation. Pour ce qui est de l’emploi, il faudrait à titre d’exemple créer environ 550 000 emplois nouveaux par an pour maintenir le taux de chômage actuel officiellement estimé par l’ONS à 11%.

Quant au logement, le maintien du Taux d’occupation (TOL) actuel (5,5%) requiert une livraison annuelle de pas moins 450 000 logements, performance que l’Algérie n’a jamais pu atteindre même avec la contribution de grandes sociétés de BTP étrangères. Pour ce qui est enfin de l’éducation-formation, le nombre d’écoles, CEM, lycées, universités, centres de formation professionnelle nouveaux à construire est tout simplement hors de portée d’un pays qui n’en a plus les moyens.

Même constat pour la santé qui devra uniquement pour se maintenir au niveau de satisfaction très contestable actuel construire de nombreux CHU, mettre en place au minimum 45 000 lits d’hospitalisation supplémentaires, réaliser un millier de centres de santé et former des milliers de médecins et paramédicaux.
Il faut ajouter à cette demande sociale incompressible l’alimentation qu’il faudra, si nos performances productives venaient à stagner à leurs modestes niveaux actuels, importer massivement.

Or, notre capacité d’importation dépend, comme on le sait, de déterminants exogènes sur lesquels l’Algérie n’a aucune emprise. Il s’agit, on l’a compris, des prix des hydrocarbures et la parité du dollar.

C’est dire à quel point la demande sociale risque de s’exacerber au fil des années de crise, avec le risque bien réel d’arriver à un point de rupture qui pourrait compromettre gravement la paix sociale. Les plus hauts responsables du pays, à commencer par le chef de l’Etat et son Premier ministre, ont commencé à faire officiellement part de cette crainte, sans toutefois reconnaître la nécessité d’un changement radical dans les pratiques économiques et, plus largement encore, dans le mode gouvernance, qui a atteint ses limites.

Ils savent pourtant pertinemment que la poursuite de ce mode de gouvernance rentier et bureaucratique en vigueur depuis l’indépendance ne convient plus dans un contexte désormais mondialisé et qu’il est, par conséquent, temps d’opérer les ruptures permettant enfin d’instaurer la liberté d’entreprendre, le fonctionnement autonome de l’économie, la valorisation sociale des créateurs de richesses et le cantonnement de l’Etat dans un rôle de régulateur économique et social.

Categorie(s): economie

Auteur(s): Nordine Grim

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