Dahel ramdane. Directeur du Parc national de Chréa : Chréa représente 25% du patrimoine national

Elwatan; le Mercredi 18 Mars 2009
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Amoureux de la nature et conscient de l’importance sociale que joue le Parc national de Chréa, Dahel Ramdane en appelle à la bonne volonté de tous.

- Quelle superficie occupe le parc de Chréa ?

- Le Parc national se situe à 50 km au sud-ouest d'Alger, il s'étend sur une superficie de 26 587 ha le long des hauteurs centrales de l'Atlas blidéen. Il regroupe d'est en ouest les monts de Hammam Melouane, les monts de Chréa et les monts de Tamesguida. Il culmine à 1625 m d'altitude et domine, vers le nord, tout l'avant-pays tello-central marqué par le bassin mitidjien. Il forme à ce niveau un territoire montagneux long de 39 km, large de 1 à 13 km et constitue un carrefour biogéographique où coévoluent de nombreux facteurs physiques et climatiques. Le Parc national de Chréa est entouré d'une zone périphérique d'une étendue de 10 400 ha. Sur le plan administratif, il chevauche entre les wilayas de Blida, Médéa et Aïn Defla.

- De quelles espèces végétales et animales est-il composé (les plus importantes) ?

- Le Parc national de Chréa constitue l'échantillon spatial le plus riche sur le plan biologique et le plus représentatif du fonds naturel de l'Atlas blidéen. Il regroupe un patrimoine naturel évalué à ce jour à 1408 espèces vivantes, dont 844 végétales et 564 animales. Sur le plan végétal, il est composé de 88 familles botaniques réparties en 60 aires biogéographiques dont les plus importantes sont méditerranéennes. On en trouve des espèces rares, rarissimes, des espèces endémiques et aussi des espèces menacées de disparition. La richesse floristique du Parc national de Chréa représente 25% de la richesse floristique nationale. La caractéristique floristique est la présence du cèdre de l'Atlas (cedrus atlantica) qui est comme vous le savez endémique à l'Afrique du Nord.
Sur le plan faunistique, il compte plusieurs espèces de mammifères, d'insectes, d'oiseaux, d'invertébrés et de poisson. Le patrimoine faunistique du parc national de Chréa représente 20% de la richesse faunistique nationale. Ce qui caractérise la faune au parc national de Chréa, c’est la présence d'importantes populations de singes magots (macaca sylvanus). Cette espèce, elle aussi endémique à l'Afrique du Nord, trouve à l'intérieur du parc les conditions de vie, d'évolution et de prolifération toutes naturelles.

- Parlons du cèdre, quelle est sa superficie ?

- Le cèdre occupe les crêtes les plus élevées des monts de Chréa, il forme, en cette tranche altitudinale de 1200/1600 m, une cédraie couvrant d'un seul tenant une superficie globale de 1200 ha, répartie presque équitablement entre l'adret et l'ubac de cette chaîne de montagnes. La cédraie domine vers le nord tout l'avant-pays central algéro-mitidjien et découvre vers le sud l'arrière-pays sauvage du parc national de Chréa et en profondeur continentale les hautes plaines du Titteri. Vue du ciel, elle forme un peuplement dense très fermé qui semble régner en maître dans cette partie montagneuse de l'Atlas blidéen et dans laquelle, visiblement, il rayonne de vie et d'évolution et se maintient depuis des lustres dans les conditions spontanées et toutes naturelles. En le contemplant, on ne peut s'empêcher d'apercevoir en lui le témoin séculaire de l'histoire écologique des lieux et qu'il doit forcément conserver, se dit-on, dans ses entrailles les éléments révélateurs d'une existence endémique jadis plus prospère, si nous, humains, ne l’avions peut-être dégradée.

- Quelle valeur le cèdre de Chréa a-t-il et que faut-il faire pour le préserver ?

- Le cèdre de l'Atlas est d'abord l'espèce par excellence qui valorise les zones de hautes montagnes de la chaîne atlasique. Il se déploie avec une élégance naturelle telle qu'il procure aux lieux un standing de haute valeur bioécologique et sociale qu'aucune autre espèce ne saurait apporter. A Chréa, il assure une consistance écologique très forte qui lui assure une place déterminante dans le développement de la région.
Le cèdre est par ailleurs l'espèce mobilisatrice d'énormes quantités d'eau. Elle est naturellement dotée de toutes les conditions morphoécologiques pour supporter remarquablement les vicissitudes climatiques rigoureuses de haute montagne et accomplir un rôle de mobilisateur de ressources hydriques et de pourvoyeur d'eau à sa région environnante. La cédraie de Chréa retient dans ce sens sur ses rameaux et branchages des quantités incommensurables de neige durant toute la période d'enneigement et œuvre par la suite à sa fonte douce et lente qui permet à l'eau d'éviter les ruissellements de surface et d'aller s'infiltrer à l'intérieur du sol pour finir par gravité dans les ouvrages hydrauliques de stockage d'eau potable aux contrebas des monts de Chréa et enfin ressourcer les niveaux piézométriques de la nappe phréatique mitidjienne. Ainsi donc, la cédraie devient un grand château d'eau naturel qui participe au développement économique et social de son environnement régional. La cédraie de Chréa justifie aussi une fonction touristique et sociale de très haute importance. Elle attire annuellement plus de 1,5 million de visiteurs par an. Ce chiffre représente la frange sociale de la population algérienne qui choisit de profiter des bienfaits de cette cédraie. Elle y trouve, en effet, les conditions de détente, d'évasion, d'isolement et de décompression en haute montagne. Ce lieu est devenu, de par ses atouts écotouristiques, un lieu de santé publique offrant à la population algérienne, désireuse des bienfaits de la nature, les conditions de déstressement et de ressourcement de haute montagne. Il s'est imposé, par ailleurs, dans la carte territoriale des infrastructures touristiques comme station d'hiver et d'été offrant au public les conditions de délassement écotouristique de montagne. Sur le plan paysager, la cédraie de Chréa offre sans nul doute le décor naturel des plus féeriques. Ce décor varie selon les saisons. Il change de robes et de parures de l’hiver à l'automne. En hiver, il se drape d'un manteau blanc recouvrant toute la superficie de la cédraie, il lui donne l'aspect des hautes montagnes enneigées tant recherché par le public où il renoue avec la neige et s'y dépense en amis et familles. Au printemps, la cédraie foisonne de couleurs, de parfums et d'innombrables insectes et papillons, elle est parsemée de tulipes, pensées et autres œillets, elle devient en cette saison l'éden des oiseaux et de nombreux insectes. En été, la fraîcheur des lieux attire les amoureux de la nature venant rechercher dans ces paisibles endroits, et tournant le dos aux plages et à la mer, l'exaltation et le charme exquis des sommets. Et en automne, le cèdre est toujours là vert, prêt toujours à traverser les siècles et les saisons.
Compte tenu de toutes ces considérations qui en somme justifient un intérêt public de haute importance, il y va de tout un chacun de veiller à la pérennité de cette espèce qui de surcroît est endémique à l'Afrique du Nord. La Direction générale des forêts est au faît de cette préoccupation à travers la stratégie de conservation et de préservation des patrimoines naturels dans laquelle les parcs nationaux, détenteurs de cette espèce, sont investis concrètement sur le terrain par l'application d'actions spécifiques définies dans les plans de gestion.

- Quelles sont vos recommandations et quel message aimeriez-vous faire passer ?

- Je crois que dans tous les pays du monde, il y a des endroits qui, en raison de leurs atouts naturels et des bienfaits publics qu'ils procurent, deviennent des lieux d'exception à intérêt général. Préserver durablement ces lieux est pour le moins l'affaire de tous. Le rôle que joue le Parc national de Chréa dans le développement de sa région est hautement important. Sa cédraie attire un public considérable que l'on souhaite coopératif dans le processus de préservation de ce peuplement par des comportements respectueux de la nature et des écogestes très simples, tels que par exemple ne pas laisser derrière soi ses restes domestiques, être attentif aux conduites à tenir dans un milieu protégé et profiter pleinement de la nature sans toucher aux patrimoines naturels ni perturber les ressources qu'ils recèlent. La quête de comportements prometteurs de la prospérité environnementale doit ambitionner toute société soucieuse de son environnement.

Categorie(s): environnement

Auteur(s): Zineb Amina Maiche

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