Décès du général Aussaresses : Bon débarras, tortionnaire !

Elwatan; le Jeudi 5 Decembre 2013
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Il aimait à raconter son plus haut fait d’armes : l’assassinat de Larbi Ben M’hidi, qu’il aurait étranglé de ses propres mains. L’histoire a retenu le nom du héros de la Bataille d’Alger.  «C’est efficace la torture, la majorité des gens craquent et parlent. Est-ce que ça m’a posé des problèmes ? Je dois dire que non. Je m’étais habitué à cela. Je ferais encore ce que j’ai fait, par exemple contre un Ben Laden, si je l’avais entre les mains, comme je l’ai fait avec Larbi Ben M’hidi», disait il y a peu le général Aussaresses. Le chef de l’escadron de la mort qui sévissait durant la Bataille d’Alger.

Ala question «est-ce vous qui avez pendu Larbi Ben M’hidi ?» le tortionnaire, plein de sous-entendus, avait répondu : «C’est un peu ça», dans un documentaire sur la guerre d’Algérie. Ancien chef des services de renseignement à Alger, il avait admis en 2001 dans son livre-aveu, Service spéciaux, Algérie 1955-1957 (Perrin), avoir pratiqué la torture, «tolérée, sinon recommandée» selon lui par les politiques. Il a eu son quart d’heure wharolien au début des années 2000, donnant des interviews et courant les plateaux de télévision. Il laisse entendre qu’il a étranglé de ses propres mains le héros de la Bataille d’Alger, sans jamais aller jusqu’à assumer clairement son geste.

Pourtant, il aimait fanfaronner devant les caméras : «La torture devient légitime quand l’urgence s’impose. Il était rare que les prisonniers interrogés la nuit se trouvent encore vivants au petit matin.».  En 1957, le général Jacques Massu, commandant de la 11e division parachutiste, lui demande de rétablir l’ordre à Alger. Il se retrouve à la tête de ce qu’il appelle lui-même l’«escadron de la mort», chargé de procéder à des arrestations nocturnes suivies de torture, avec élimination de certaines personnes arrêtées. Combien d’Algériens a-t-il «neutralisés» ? Evasif, il n’a jamais donné de chiffre. Ses déclarations outrancières avaient fini par déranger la classe politique.

Le président Jacques Chirac, qui avait été lieutenant en Algérie, s’était dit «horrifié» par ses déclarations publiques. Définitivement condamné en 2004 pour «apologie de la torture», il avait été mis d’office à la retraite, exclu de la Légion d’honneur et privé du droit d’en porter les insignes. «Je ne voudrais pas que les hypocrites qui m’ont enlevé la Légion d’honneur, distinction que moi j’ai acquise au combat, puissent continuer à nier l’histoire de France», disait-il, désabusé, dans son dernier livre, Je n’ai pas tout dit, en 2008.

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Rémi Yacine

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