Dégradation de la situation des droits de l’homme au Maroc : Amnesty tire la sonnette d’alarme

Elwatan; le Mardi 27 Octobre 2015
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Surtout depuis que le makhzen a entrepris de bâillonner la presse et d’emprisonner des membres d’ONG locales. C’est ainsi que plus de 200 000 personnes de 150 pays ont signé, ces dernières semaines, une pétition d’Amnesty International (AI) appelant à la libération immédiate et sans condition de deux activistes marocains emprisonnés «pour avoir dénoncé des actes de torture».

Selon un communiqué rendu public cette semaine par AI, «202 168 membres, sympathisants et militants d’Amnesty International, issus de 150 pays, demandent la libération immédiate et sans condition des militants Wafaâ Charaf et Oussama Housne». Cette ONG, qui dit les considérer comme des «prisonniers d’opinion», affirme que Mme Charaf (28 ans) «a été enlevée et maltraitée par des inconnus après sa participation à des protestations ouvrières dans la ville de Tanger le 27 avril (2014)».

Une plainte a été déposée et les autorités avaient alors ouvert une enquête. «Mais celle-ci n’a jamais abouti car Mme Charaf a été arrêtée et accusée de dénonciation calomnieuse d’un crime non existant», selon l’ONG.

La jeune femme a été condamnée le 21 août 2014 à un an de prison et à verser 50 000 dirhams (environ 4500 euros) en guise de dommages et intérêts à la police. Le 12 octobre, la cour d’appel a relevé sa peine à deux ans de prison. Le cas de Oussama Housne (23 ans) est similaire. «Il a été enlevé, brûlé et violé par des inconnus (...). Une vidéo de ces exactions postée sur YouTube par un autre militant avait mené à l’ouverture d’une enquête dont les conclusions récusaient les actes de torture contre Oussama.

Il a été condamné pour dénonciation calomnieuse», a souligné AI. L’ONG considère que «le chef d’accusation de fausse dénonciation ne devrait jamais être utilisé contre des personnes qui se plaignent d’avoir été victimes de tortures». «Même une fausse dénonciation de torture qui porte atteinte à la réputation d’un individu devrait faire l’objet d’une procédure civile et non constituer une infraction pénale passible de poursuites», a ajouté Amnesty.

La liste des violations est encore très longue, surtout au Sahara occidental occupé, où des centaines de personnes croupissent en prison pour le simple fait d’avoir exprimé une opinion. Face à tous ces dépassements, le journal américain New York Times a récemment recommandé au gouvernement marocain de mettre fin à sa «campagne d’intimidation» contre des journalistes et des groupes de défense des droits de l’homme.

Les inquiétudes du New York Times

Dans son édition du 18 octobre, le New York Times a écrit dans son éditorial : «Le gouvernement (marocain) devrait cesser de harceler les journalistes et permettre à des groupes de défense des droits de l’homme de faire leur travail en conformité avec la Constitution du Maroc et les normes internationales.» «Cette campagne concertée contre les détracteurs du régime porte un grave préjudice à l’image du pays», a ajouté le quotidien, qui est revenu sur l’affaire de l’historien Maâti Monjib qui est en grève de la faim depuis le 7 octobre. «Le Maroc est présenté comme l’un des pays les plus stables de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient.

Mais cette réputation est menacée par une campagne gouvernementale d’intimidation contre des journalistes et des groupes de défense des droits de l’homme», a estimé le NY Times. Selon le journal, «le gouvernement marocain vise les journalistes qui osent rapporter les nouvelles qui ne lui plaisent pas». Le NY Times en veut pour preuve les affaires de Samad Iach, ce militant des droits de l’homme et membre de l’Association marocaine du journalisme d’investigation, frappé également d’une interdiction de sortie du territoire depuis août dernier, et de Hicham Mansouri, militant associatif, condamné à dix mois de prison pour «adultère».

Categorie(s): international

Auteur(s): Zine Cherfaoui

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