Des pionniers aux «Harraga» du sud : Itinéraires sur les routes du «DZert»

Elwatan; le Dimanche 23 Mai 2010
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Qu'ils soient militaires, mystiques, travailleurs mutés ou harraga «sud-sud» qui ont traversé le désert plutôt que la mer en quête d'un peu de chance, ils sont nombreux à avoir mis le cap sur le Sahara pour y faire, défaire ou refaire leur vie.
Cela va du petit bidasse, flic ou autre «corps constitué» ramené par le devoir ou le service national, à l'aventurier pur et dur, sans compter les profils «baba cool» et autres néo-hippies faisant du Tidikelt et du Gourara leur Californie pour quelque république utopique. Sans oublier la race des investisseurs casse-cou ayant flairé la bonne affaire avant tout le monde. Bref, il y a de tout à Tam. Ils professent à l'unisson que le désert n'est pas une fatalité et que c'est dans les têtes et les mentalités que la désertification a fait le plus de ravages. «Moi, c'est ‘‘el khobza’’ qui m'a ramené ici», confie un chauffeur de taxi. Le mot «el khobza» (le pain des enfants) revient d'ailleurs comme un leitmotiv dans la bouche de tous ces petits destins jetés sur les routes du hasard dans une quête du Graal réduite aux proportions d'un quignon de pain. Notre chauffeur de taxi raconte : «Je suis originaire de Batna. Je suis ici depuis 5 ans. Il est difficile d'obtenir la licence de taxi à Batna. Ici, c'est plus facile.

Mais la vie est dure et je ne sais pas quoi faire. J'ai eu du mal à trouver une location. Les loyers ont flambé. Je loge dans une petite piaule au centre-ville à 4000 DA, et ce n'est qu'une seule pièce.» Fayçal, 27 ans, représente quant à lui cette «deuxième génération» de Nordistes qui poursuivent l'œuvre de leurs parents. Originaire d'El Harrach, il tient une chic boutique high-tech à l'enseigne de Samsung nouvellement ouverte sur l'artère principale de Sersouf. «Samsung s'est installé depuis une année à Tamanrasset», affirme-t-il, avant de lancer : «Tam va bientôt devenir la nouvelle Hassi Messaoud.»
Fayçal a grandi dans les bras du Hoggar après que son père, militaire de carrière, s'y soit installé il y a de cela 24 ans. «Je suis né en 1982 à Bouzaréah, je suis arrivé tout petit à Tam», raconte Fayçal. «Quand j'ai eu mon bac, Je suis monté à Alger.

Je me suis inscrit à une licence d'anglais à la fac de Bouzaréah, mais je l'ai quittée au bout de trois ans pour les sciences politiques avant de bifurquer vers le droit. Là encore, j'ai lâché. Je ne supportais plus la vie algéroise. Je suis revenu en 2004, et là, je compte reprendre mes études universitaires ici. La vie à Alger est trop stressante.»
Smaïl Bessaïd vient d'ouvrir un restaurant trônant en face de l'APC. Baptisé «La rose du Hoggar», le resto est constitué de deux grandes salles, l'une, d'aspect moderne, ouverte sur les cuisines.

La restauration, créneau porteur

L'autre, à l'étage, est encore en voie de finition. «Je voudrais l'agrémenter d'une déco typiquement targuie», dit Smaïl. «Il y aura également une terrasse qui va être dédiée aux glaces», ajoute-t-il. Originaire de Ghardaïa, Smaïl est installé à Tam depuis une douzaine d'années en tant qu'entrepreneur. Il explique son investissement comme un geste envers une ville qui lui a beaucoup donné. «Je me suis associé avec un ami d’In Salah, Abdelkader Azaoui, et on a ouvert ce restaurant. Le cuistot est de Tipasa, le personnel est du nord», dit-il. Le menu est correct, les tables et les couverts disposés avec goût. Même si on mange de mieux en mieux à Tamanrasset avec la pléthore de gargotes qui ont ouvert, Smaïl estime que le créneau est encore porteur. On traverse la chaussée et l'on est dans le vieux Tam et son ancien souk où s'agglutinent différents commerces. Un cybercafé de fraîche date s'est niché au milieu. Kamel, le gérant, nous dit que son établissement a ouvert il y a à peine un mois.

Décidément, les nouvelles enseignes se suivent et ne se ressemblent pas. Ce Nordiste de 28 ans fait lui aussi partie des «néo-Tamanrassetois deuxième génération». «Ma famille est établie ici depuis 1987», dit-il. Ironie du sort, Kamel est «bahri», il est marin de formation. «J'ai fait l'Institut de la pêche et d'aquaculture d'Alger, mais je n'ai travaillé que très peu dans mon domaine», confie Kamel. Le cyber est nickel, le matériel informatique flambant neuf. Et c'est du haut débit à 70 da de l'heure. «L'Ansej ne m'a pas donné un sou», assure le gérant. Il pense que le terrain est encore vierge malgré la dizaine de cybercafés ADSL qui couvrent la cité targuie. Kamel n'est pas près de quitter sa ville d'adoption. «Nous avons encore un appart à Bab El Oued, mais Alger ne m'intéresse pas. J'y vais de temps en temps, mais c'est ici que j'ai préféré m'investir. Je me sens dans mon élément à Tam.»

Categorie(s): reportage

Auteur(s): Mustapha Benfodil

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