Des substances dangereuses gérées de manière anarchique : 125 000 tonnes de déchets hospitaliers sont déversées chaque année

Elwatan; le Samedi 5 Janvier 2013
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Au total, ce sont pas moins de 125 000 tonnes/an de déchets de divers liquides et solides – 67 000 t solides, 22 000 t biomédicaux liquides, 29 000 t toxiques et 7000 t dangereux – qui sont déversées dans une anarchie totale, à même les décharges publiques et les dépotoirs clandestins par les établissements sanitaires publics et privés. «A la décharge publique Berka Ezzarga de Annaba, pour ne citer que cet exemple, les membres de notre association ont vu, lors d’enquêtes sur le terrain, des chiens traînant des placentas de femmes qui ont accouché, des chiens qui se baladaient avec des membres d’êtres humains amputés, des enfants manipulant des seringues, tests de laboratoires sans en connaître les dangers. Des bambins qui tombent sur des restes humains avec les séquelles au plan psychologique que cela suppose. Ce qui a été rapporté par mes collègues n’est pas le fruit de leur imagination ou des propos recueillis çà et là, mais des faits réels qui témoignent des conséquences de la gestion critique des déchets médicaux dans notre pays.

D’ailleurs, la toute fraîche découverte macabre de membres humains dans le centre d’enfouissement d’Oran le conforte», déplore Ali Halimi, président de l’Anpep. Peut-on vraiment parler de gestion des déchets hospitaliers en Algérie ? Difficile de l’affirmer quand on sait que dans beaucoup de nos hôpitaux, les déchets toxiques, dont le volume avoisine les 29 000 t, sont parfois traités comme des déchets ordinaires, rétorquera notre interlocuteur. Provenant de différents services, ces déchets peuvent être vecteurs de maladies infectieuses graves tant pour les collecteurs, sans qualification requise, auxquels ont recours certains hôpitaux, cliniques ou cabinets médicaux privés que pour les milliers d’enfants des décharges publiques, le plus souvent utilisés naïvement par les spécialistes de la récupération obnubilés par le profit, s’indignera un des intervenants. D’autant qu’à Annaba ou partout ailleurs, l’écrasante majorité des établissements ne dispose pas d’incinérateur digne de ce nom. Pour se débarrasser de ces produits et objets encombrants, nombre d’entre eux font appel à des ramasseurs clandestins qui, à leur tour, s’y affranchissent en les déversant dans les dépotoirs et centres d’enfouissement.

«Vous comprenez que toutes les maladies peuvent se retrouver là-bas et le risque de les contracter est très élevé.» soutient cet ingénieur biomédical, membre de l’association. Les déchets médicaux, ce sont aussi des liquides et ils s’élèvent à plus de 22 000 t/an. «Il s’agit de toutes ces eaux usées issues des multiples services des hôpitaux qui s’avèrent être très dangereuses pour l’environnement et l’homme», a-t-il expliqué. Et d’insister : «Il faut savoir que les déchets biomédicaux liquides, c’est tout déchet liquide provenant de l’organisme de l’être humain sur lequel on a effectué une intervention. Partout dans le monde, il existe des structures adaptées pour gérer ces liquides, car ils contiennent des germes et des microbes, d’où le risque de contamination incontestable auquel est exposée toute personne qui s’y frotte». Pour M. Halimi, seule l’application, dans toute sa rigueur, des lois et l’intervention la plus énergique des pouvoirs publics pourraient mettre fin à cette situation.
 

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Naima Benouaret

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