Des voix sous les décombres

Elwatan; le Jeudi 3 Janvier 2013
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 Les voix des électeurs ne sont qu’un lointain souvenir dans un contexte politique où l’installation d’un exécutif communal peut donner lieu, par la grâce d’un dispositif réglementaire d’une rare complexité, à un cycle de contestations qui se muent facilement en actes de violence. Après les fermetures de routes, des sièges d’APC et de daïra ayant marqué les semaines qui ont suivi les dernières élections locales, un cap dangereux a été franchi cette semaine, dans la wilaya de Tizi Ouzou, avec l’incendie d’un siège de mairie. Les autorités locales, qui n’ont pas pu prévenir ce genre d’accès de violence par des dispositifs de sécurité adéquats, évoquent un simple acte criminel dont les auteurs seront poursuivis et punis.

La réponse judiciaire ne peut pas suffire dans une affaire qui survient à un moment de crise politique aiguë. Les flammes qui ont envahi les bureaux de la mairie en question ne sont qu’un sinistre épilogue d’une guerre sourde engagée au lendemain des élections locales du 29 novembre dernier. Les électeurs découvraient, stupéfaits, que rien n’était joué même après la publication des résultats du vote. En vertu de la loi portant régime électoral, promulguée au début de l’année dernière, la configuration des équipes communales peut être à l’opposé du verdict des urnes.

Ainsi, en application de l’article 80 du code électoral, la liste arrivant en tête le jour du vote est susceptible d’être évincée sans ménagement par une coalition des partis et des indépendants qui peuvent porter à la présidence de l’APC, pour mieux narguer la vox populi, le représentant de la liste arrivée en queue du peloton. A la mairie ciblée par les incendiaires, c’est le parti ayant obtenu seulement deux sièges qui est parachuté en toute légalité à la tête de l’APC, devant une formation mise en minorité en dépit de ses six sièges arrachés par la voie des urnes. Pour accomplir l’étrange formalisme juridique, loin de la contestation et des empêchements parfois physiques manifestés au niveau local, les autorités ont cru pouvoir régler l’affaire en accueillant, au siège de la wilaya, la cérémonie d’installation des nouveaux élus.

Cette initiative de délocalisation part lamentablement en fumée. Il est clair que tout pyromane doit être conduit devant les juges et que rien ne peut justifier des actes de destruction d’édifices et de mise en danger d’autrui. Cependant, pour paraphraser un président en exercice, la «première violence» est peut-être d’élaborer et de mettre en application des textes de loi qui sont éloignés non seulement des principes de la démocratie, mais du simple bon sens paysan.

Categorie(s): edito

Auteur(s): Djaffar Tamani

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