Désespoir libyen

Elwatan; le Jeudi 22 Octobre 2015
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L’avenir de la Libye est plus que jamais compromis. L’accord laborieusement mis au point à Skhirat (Maroc) sous les auspices des Nations unies, après une année de négociations entre les diverses parties libyennes, vient d’être rejeté sans explication par ceux-là mêmes qui l’ont négocié avec Bernardino Leon, le représentant de Ban Ki-moon.

Rien ne permet de dire que les parties libyennes vont retourner à la table des discussions, même l’émissaire de l’ONU ne désespère pas de les ramener à la raison et de faire aboutir le plan de paix mis au point entre le Parlement de Tripoli, à majorité islamiste et qui se maintient par la force des armes, et celui de Tobrouk, légalement élu et reconnu par la communauté internationale.

Aujourd’hui, on a l’impression que les Libyens préfèrent le chaos, avec au bout la disparition de la Libye, à une solution pacifique qui dépasse les clivages.

Il faut dire que l’empreinte du gueddafisme rythme toujours la vie politique du pays. En 40 ans de règne sans partage, Mouammar El Gueddafi s’est attelé à détruire l’embryon d’Etat moderne instauré par le roi Idriss Senoussi. Il a préféré le tribalisme, le clanisme et sa famille pour asseoir son pouvoir, donnant une préférence marquée à sa tribu, les Gueddafa.

Son passage a été plus que catastrophique pour les Libyens ; ses fils avaient droit de vie et de mort sur les gens. L’injustice, la terreur, les violations permanentes et violentes des droits de l’homme ont créé un climat de haine entre les tribus. La mort du dictateur a provoqué une explosion de rancœur. Les Libyens se sont mis à s’entretuer, contribuant à l’effondrement total de l’ersatz d’Etat laissé par El Gueddafi.

Tout le monde s’entretue. La désintégration du pays est telle que même les terroristes de Daech ont réussi à s’installer avec une facilité déconcertante et à imposer leur barbarie aux régions sous leur contrôle.

Les chefs de guerre, les hommes politiques n’en ont cure du chaos qui s’installe et l’avenir du pays ne les intéresse guère outre mesure. Quand il avait envoyé l’aviation française contre la Libye, Nicolas Sarkozy n’a à aucun moment pensé aux conséquences de l’intervention militaire, s’il n’a pas programmé le démantèlement du pays avec l’accord d’autres puissances étrangères, comme Israël qui y voit une autre étape dans la stratégie, l’affaiblissement du Monde arabe.

Ce dernier, malheureusement, ne fait rien pour conjurer les périls s’il n’est pas complice, comme on le voit, des agressions criminelles des monarchies du Golfe contre le Yémen ou le soutien non déclaré à Daech en Irak et en Syrie.

Il ne reste plus que l’ONU pour tenter de sauver la Libye de la disparition. Or, il est difficile de sauver quelqu’un qui veut se suicider et les factions libyennes sont en train de travailler dans le sens d’un suicide collectif. A moins d’un miracle. Tout le Maghreb risque de pâtir du drame de la Libye, surtout que son pétrole pourrait attiser les appétits de puissances régionales. Ramtane Lamamra a failli réconcilier les frères ennemis. Des forces obscures l’en ont empêché.
 

Categorie(s): edito

Auteur(s): Tayeb Belghiche

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