Différend territorial entre la Chine et les Philippines : Pékin hostile à tout arbitrage international

Elwatan; le Samedi 31 Octobre 2015
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Zone de conflits entre Pékin et ses voisins, la mer de Chine méridionale vit au rythme des tensions. D’autant que les Etats-Unis surveillent de près la situation dans ces territoires maritimes. Cette fois, ce sont les Philippines qui réitèrent leurs revendications sur des territoires que l’empire du Milieu considère comme siens.

Hier, la Chine a indiqué qu’elle rejetterait dans tous les cas les conclusions de la Cour permanente d’arbitrage (CPA). Réaction à cette organisation internationale basée à La Haye, qui s’est déclarée, jeudi, compétente pour juger certains aspects du vif différend territorial opposant Pékin et Manille en mer de Chine méridionale.

Elle a estimé que le différend porte «sur l’interprétation ou l’application de la Convention» de l’Organisation des Nations unies (ONU) sur le droit de la mer, ratifiée par les deux pays. «Nous ne participerons pas à cette procédure, nous n’en accepterons pas les conclusions», a réagi Liu Zhenmin, vice-ministre chinois des Affaires étrangères, cité par l’AFP. Et d’observer : «Les Philippines ont demandé cet arbitrage sans le consentement de la Chine, ce n’est pas une procédure de bonne foi, Manille y recourt non pour résoudre notre différend mais pour nier les droits territoriaux de la Chine.»

Comme il a indiqué que «la décision de la Cour sur sa compétence, ou le résultat de l’arbitrage, ne modifieront pas notre position, ni n’affecteront la souveraineté et la juridiction de la Chine dans la région». La mer de Chine méridionale est devenue le théâtre d’une lutte d’influence sino-américaine : les Etats-Unis ont provoqué la colère de la Chine, mardi, en envoyant un destroyer croiser à moins de 12 milles d’îlots artificiels que Pékin a construits sur des récifs de l’archipel des Spratleys.

Pékin revendique la souveraineté de la plus grande partie de la mer de Chine méridionale, carrefour de routes maritimes stratégiques, renfermant des richesses halieutiques et des gisements de gaz. La CPA s’est dite compétente pour juger sept des quinze requêtes philippines. Elle organisera des audiences à huis clos, et un jugement n’est pas attendu avant 2016.

Washington comme arbitre et vigile

La Chine fonde sa légitimité sur ces territoires sur des cartes remontant aux années 1940. Washington  prône un règlement multilatéral et pacifique de ces conflits. La vision de Pékin est plutôt favorable à des négociations bilatérales.

Le président Barack Obama a fait de la concrétisation de la stratégie du «pivot» une de ses priorités majeures de sa politique étrangère. Basée sur les trois D (diplomatie, développement et défense), cette stratégie consiste en le déploiement de plus de la moitié de la flotte américaine en Asie-Pacifique, le renforcement des partenariats dans le domaine militaire avec les alliés de la région et le rapprochement avec la Birmanie, l’Indonésie et le Vietnam.

Lors de sa visite en Australie en novembre 2011, le président américain avait déclaré que «les Etats-Unis sont une puissance du Pacifique et nous sommes là pour rester». De son côté, le président Hu Jintao avait indiqué, dans son discours du 8 novembre 2012, que la Chine doit vite s’imposer comme une «puissance maritime» de rang mondial.

Les pays concernés par ces conflits outre la Chine — le Vietnam, la Malaisie, les Philippines et le sultanat de Brunei — désignent ces zones disputées selon leur vision de la région. Pékin les appelle mer de Chine, Hanoi mer de l’Est, mer des Philippines occidentales pour Manille. En 1984, Brunei établit une zone exclusive de pêche sans pour autant la revendiquer. En 1977, les Philippins tentent d’occuper l’île d’Utu Aba. L’épreuve de force de Manille échoue face aux forces taïwanaises.Taipei se sent impliqué dans le conflit, même s’il n’est pas reconnu par la Chine, mais constitue comme Manille un des alliés des Etats-Unis dans la région.

En 1983, c’est au tour de la Malaisie de soulever la question de sa souveraineté sur trois îles des Spartleys, puis récidive en 1986 pour prendre d’autres îles. Le Vietnam proteste. Face à la puissance chinoise, Manille insiste sur le rôle de Washington quant au règlement de ce conflit. La Chine constitue «une superpuissance avec plus de dix fois notre population. Nous ne voulons pas que des hostilités se déclenchent», a déclaré le président Benigno Aquino en juin 2011, suite à de nouveaux incidents entre la Chine et le Vietnam dans ces zones.

En avril 2012, des garde-côtes philippins appréhendent huit bateaux de pêche chinois près du récif Scarborough. Une aubaine aux yeux de Pékin pour y déployer une partie de sa flotte, interdire l’accès aux pêcheurs philippins et réaffirmer sa souveraineté sur le récif. Washington et Manille entament le même mois des manœuvres maritimes conjointes au large des côtes occidentales. Lors du sommet de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (Asean) en 2010 au Vietnam, Mme Hillary Clinton avait indiqué que son pays a «un intérêt national» à préserver «une liberté de navigation» dans la mer de la Chine du Sud.

Et à l’occasion de sa visite à Manille, en novembre 2011, elle a exprimé le soutien de Washington aux Philippines. Comme elle a rappelé le traité de défense mutuelle de 1951 entre Manille et Washington et déclaré que «les Etats-Unis seront toujours dans le camp des Philippines». Mme Clinton a aussi évoqué la mer de Chine du Sud comme étant «la mer des Philippines occidentales», la nouvelle appellation de Manille pour ces eaux en contentieux.

En avril 2001, un avion de reconnaissance de la Marine américaine est entré en collision avec un chasseur de la marine chinoise près de l’île de Hainan, une province de la Chine. D’où un grave incident diplomatique entre Washington et Pékin. En mars 2009, le Pentagone accuse la Chine d’avoir harcelé l’Impeccable, un bâtiment scientifique non armé, opérant en toute légalité dans les eaux internationales, à environ 120 kilomètres au sud de l’île de Hainan.

Il affirme que l’Impeccable menait une opération «de routine». En réaction, le ministère de la Défense chinois a observé  que le bâtiment américain a violé le droit chinois et international, tel que la Convention des Nations unies sur le droit de la mer de 1982, ratifiée par la Chine mais pas par les Etats-Unis.

Categorie(s): international

Auteur(s): Amnay Idir

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