Diplomatie : L’Algérie a perdu sa boussole

Elwatan; le Jeudi 7 Avril 2011
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Là, il y a assurément du bon, du moins bon et même du mauvais. Ayant hérité d’une Algérie sous embargo international et diplomatiquement peu fréquentable, Bouteflika a pris son bâton de pèlerin pour aller prêcher la bonne parole aux quatre coins du monde. Grâce à son entregent et ses vieilles amitiés dans les cénacles, Bouteflika a su et pu réanimer les réseaux qui ont permis à l’Algérie de requinquer l’image d’un pays à risque, voire terroriste. D’aucuns reprochaient déjà à Bouteflika d’être un grand voyageur, voire un président des «affaires étrangères». Mais il faut reconnaître que l’Algérie a repris des couleurs dans le concert des nations. Il faut souligner tout de même que l’ex-président Zeroual a laissé un beau cadeau empaqueté à Bouteflika en reportant le fameux sommet de l’OUA – devenue UA – à juin 1999 pour lui permettre de présider sa première grand-messe diplomatique.

Mais au-delà des tapis rouges, des longs périples, des belles tribunes et des cérémonies fastueuses, force est de constater que la moisson est bien maigre par rapport à la formidable opération de marketing politique mise en œuvre. Bouteflika charmait, certes, ses auditoires avec des discours fleuves dans lesquels il vendait une image d’homme d’Etat moderne, épris de littérature et de belles formules, mais l’extase s’estompait aussitôt le speech fini. Cela s’est vérifié notamment à Crans Montana et à la Sorbonne. En termes de retour sur investissement, les résultats sont bien modestes.


Boutef, le grand voyageur


Encore que Bouteflika a offert aux Européens un accord d’association sur un plateau d’argent qui allait s’avérer fatal pour l’économie nationale. Le premier mandat a dû s’achever sur cette note «passable». Malgré cette hyper-présence de Bouteflika dans les enceintes internationales, l’Algérie s’est contentée de récolter des félicitations dans sa lutte contre le terrorisme...
A partir de 2005, Bouteflika, malade, commençait à perdre la voix à l’étranger. Que ce soit au niveau de la Ligue arabe, de la Méditerranée ou même de l’Afrique, la voix de l’Algérie paraissait de moins en moins audible. Les enjeux géopolitiques ont aussi évolué pendant que notre diplomatie «révolutionnaire» demeurait un dogme.


Sur le dossier de la Palestine, l’Algérie de Bouteflika n’a pratiquement pas de voix au chapitre, même si en filigrane elle a choisi d’enfourcher le cheval du mouvement Hamas. Par rapport à l’Iran avec qui Zeroual avait rompu les relations diplomatiques, Bouteflika a tissé une sainte alliance qui agace les grandes puissances. Pour les Occidentaux, qui ont écouté le discours «moderniste» de Bouteflika, établir des liaisons «dangereuses» avec Téhéran, constitue une incohérence qui incite à cataloguer l’Algérie dans la rubrique des pays «difficiles».  Cette posture à califourchon entre la volonté de plaire à l’Occident et l’amitié avec des régimes diplomatiquement peu recommandables a un prix : l’Algérie peine à rallier des soutiens à «sa» cause sahraouie. La France, l’Espagne et même les Etats-Unis bloquent systématiquement une solution qui garantisse l’autodétermination du peuple sahraoui. En dix ans, pas moins de 11 pays ont retiré leur soutien à la RASD. Terrible boomerang d’une diplomatie aléatoire. 


Déphasage  


Quid des relations avec la France ? La diplomatie bouteflikienne vis-à-vis de Paris a valsé entre l’attraction et la répulsion. Le fait est qu’elle est passée à côté d’un traité d’amitié pour aboutir en 2011 à une sorte de pacte de non- agression verbale.
L’Algérie de Bouteflika est fâchée avec la France, en guerre froide avec le Maroc, ayant tourné le dos à l’Afrique – n’en déplaise au Nepad – sortie des enjeux arabes, et très éloignée des Etats-Unis. Au final, cela donne l’image d’un pays qui ne sait pas trop où il va ni où sont ses intérêts vitaux. Exemples ? Bouteflika se paye une mini-crise avec les Russes sur des MIG défectueux, cautionne une UPM bidon et se tait sur des révolutions démocratiques qui se déroulent à nos frontières.

Signe de cette diplomatie déconnectée et déphasée, les insurgés libyens accusent l’Algérie d’armer les troupes d’El Gueddafi et de soutenir son régime ! Où sont donc nos diplomates pour nous prouver le contraire ? Les Algériens se sentent humiliés face à leurs frères libyens comme ils l’ont été vis-à-vis des Tunisiens qui ont déboulonné le régime de Ben Ali. C’est l’ultime acte d’une «doctrine» diplomatique qui a atteint la ménopause.

Categorie(s): dossier

Auteur(s): Hassan Moali

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