Elites entrepreneuriales et développement économique des pays

Elwatan; le Lundi 2 Decembre 2013
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Nous commençons à peine à comprendre les mécanismes de développement économiques des nations. Les leçons tirées incitent à la modestie. Il n’y a pas de modèle universel mais des alternatives possibles qui fonctionnent tant bien que mal en adéquation avec la culture et les valeurs d’un pays. En premier lieu, ce sont toutes les couches de la population qui produisent la croissance et le développement d’un pays. C’est la mobilisation de l’énergie et surtout de l’intelligence de millions de femmes et d’hommes à tous les niveaux de la société qui induit l’émergence, puis le développement et enfin le bien être pour tous.

Pour arriver à cela, nous avons besoin de la mobilisation et de l’efficacité de beaucoup d’acteurs ; entre autres un Etat visionnaire, stratège, honnête et décentralisateur. En second lieu, des élites intellectuelles compétentes, intégrées et dévouées à la réalisation des ambitions grandioses de leurs pays. En troisième lieu, des élites économiques (entrepreneurs de qualité et en quantité suffisante). C’est de ce dernier type d’acteurs qu’il s’agit d’explorer un peu plus. Les économistes les plus illustres ont mis en évidence le rôle de la classe des entrepreneurs dans la dynamique d’évolution des pays. Lewis et Schumpeter concluaient que la quantité et la qualité des entrepreneurs d’un pays, déterminaient, en grande partie, la dynamique de l’évolution économique et sociale d’un pays. Nous avons une très grande diversité de modèles d’organisation et de fonctionnement des élites entrepreneuriales.

En Corée du sud, une dizaine d’entreprises et de familles produisent plus de 60% du PIB. Un nombre limité d’entrepreneurs a réussi à monter des grands ensembles – Hyundai, Samsung, LG, etc. – qui ont su dynamiser l’économie du pays et conquérir des parts de marchés dans la vaste majorité des pays. Au Japon, nous avons aussi une grande concentration économique, même si elle est moins prononcée qu’en Corée. Taiwan a une structure entrepreneuriale très différente : ce sont des milliers de PME/PMI qui produisent plus de 65% du PIB. Les USA sont un cas typique. Les PME/PMI produisent plus de 60% du PIB.

Culture des élites en Algérie

Nous n’avons pas de modèle d’entrepreneuriat et aucune réflexion sur ce thème n’est menée à ce jour. Quels types d’entrepreneurs désirons-nous avoir ? De la réponse à cette question découle les types de politiques publiques à mettre en place. Si une meilleure concentration serait notre choix, alors forcément la majeure partie des ressources doit être orientée vers les entreprises qui réussissent. Si, par contre, on désire un tissu de PME/PMI diversifiées et multiples, alors on canalise plus les ressources vers la création d’entreprises et les institutions de démultiplication (incubateurs, pépinières etc.).

La culture nationale et les choix des citoyens iraient probablement vers cette alternative. Cependant, nous traînons un énorme inconvénient dans le domaine des élites entrepreneuriales. Durant les années soixante-dix elles étaient diabolisées et désignées de tous les noms : Bourgeoisie compradore, alliés de l’impérialisme, contre révolutionnaires etc.

La culture économique et notamment l’inconscient des dirigeants véhiculent toujours ces jugements. Ne les a-t-on pas traités officiellement de charognards ? Ils sont jugés coupables sans preuves. Cette idée subtile distillée insidieusement explique les énormes dérapages des politiques publiques en termes de développement d’entreprises. Aujourd’hui, alors qu’on a besoin de toutes nos forces productives, publiques et privées, ces dernières se trouvent ternies par les jugements de l’histoire qu’on n’a rien fait pour effacer. Il nous faut une stratégie marketing très spécifique pour effacer ces taches sombres de notre histoire que l’on traîne toujours comme des boulets.

La plupart des premières entreprises privées créées étaient des appendices du secteur public. Elles en ont gardé la culture et les modes de fonctionnement. Si bien que seule une poignée d’entreprises privées disposent d’une efficacité managériale susceptible de les propulser en multinationales exportatrices, si beaucoup de conditions externes soient satisfaites.

Evasion fiscale et images entrepreneuriales

Le grand public est polarisé, à juste titre sur la question de l’évasion fiscale. Pour le citoyen moyen, la caractéristique la plus importante des entreprises privées demeure qu’elles pratiquent l’évasion fiscale à grande échelle. Nous sommes un pays ou les fortunes des patrons sont considérées comme relevant de la vie privée et donc sujettes à peu d’information et de publications. Même les revues spécialisées évitent de le faire. Nous disposons de très peu d’études dans ces domaines. Les laboratoires de recherche consacrés aux PME/PMI évitent soigneusement la question.

L’administration fiscale doit être modernisée dans de nombreuses directions. Il faut la muter d’une institution administrative à une institution experte. Quelques améliorations eurent lieu, mais beaucoup reste à faire. Mais il faut débloquer les ressources pour ce projet. Beaucoup de pistes doivent être explorées : formation, communication, TIC, accueil, modalités de contrôle, etc. Il n’en demeure pas moins que l’évasion fiscale concerne un nombre important d’entreprises car beaucoup de patrons considèrent que c’est la meilleure manière de se protéger contre l’informel et l’utilisation incompréhensible des ressources.

Un entrepreneur en bâtiment disait : ils me taxent pour subventionner une entreprise publique concurrente qui aurait dû partir en faillite.  Nous avons également un déficit de concertations entre les pouvoirs publics, les entrepreneurs et les ONG chargés de promouvoir l’entrepreneurship. Il nous faut des structures permanentes et non des discussions épisodiques. Chacun a des doléances vis-à-vis d’autrui et chacun campe sur ses positions. Nous avons besoin d’échanges de points de vues mais aussi d’outils pour évaluer les changements possibles des politiques fiscales. Partout ailleurs, on dispose de simulateurs qui facilitent l’estimation. L’exemple de l’article 27 bis a montré que l’insuffisance d’outils a retardé et compliqué la discussion entre les partenaires sociaux. Ces outils permettraient également de rendre plus transparents les données et procéder à un contrôle plus judicieux.

Categorie(s): repères éco

Auteur(s): Abdelhak Lamiri : Ph en gestion et économie

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