En l’absence totale de l’état : Les charlatans s’épanouissent en toute impunité

Elwatan; le Mercredi 26 Mai 2010
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Des praticiens n’hésitent pas à mettre leur «savoir-faire» au service des plus malheureux.
Les rues de la capitale grouillent de boutiques de vente de plantes médicinales, comme il y a des cabinets où des praticiens de la médecine «alternative» échappent totalement à tout contrôle.
Les rues Hassiba Ben Bouali, Belouizdad et Bab El Oued offrent des exemples de plusieurs échoppes où des traitements à base de plantes et d’actes traditionnels (hidjama) sont disponibles pour des maladies très courantes et parfois chroniques. Certains de ces praticiens n’hésitent pas à mettre leur savoir-faire au service des plus malheureux. Un herboriste à place du 1er Mai propose une panoplie de mélanges «spécial minceur».

Des tisanes qui coûtent près de 600 Da, l’étui ne contenant même pas de notice. «Impossible de vérifier ce qu’il y a comme plantes pour avoir une idée sur leurs propriétés», explique une femme qui vient tout juste de dépenser plus de 1500 Da pour l’achat de ces plantes et un flacon de vinaigre de pommes pour perdre ses kilos en plus. Dans la même boutique, on peut trouver des tisanes pour l’insuffisance rénale et autres pathologies chroniques.

Tout se vend dans des boîtes dont une grande partie n’a pas d’étiquetage. Si ces vendeurs de traitements «doux» vendent ces plantes dans des places publiques, des marchés, des rues ou des boutiques, certains «guérisseurs» sont passés à la vitesse supérieure. C’est ainsi que vous apprendrez par des journaux qu’une «spécialiste en plantes» est arrivée à guérir des maladies pour lesquelles la médecine n’a pas trouvé de remède. Exerçant dans un luxueux cabinet sur les hauteurs d’Alger, elle affirme guérir de nombreuses maladies grâce aux plantes, comme les inflammations, les infections, les kystes, les fibromes, la maladie de Crohn, le goitre, l’angoisse, les insomnies, le déséquilibre hormonal et, tenez-vous bien, le cancer.

Cette femme a pu même s’arranger pour se faire inviter dans des chaînes à grande audience dans le monde arabe pour faire la publicité de son traitement. A l’écouter, c’est Pasteur qui se réincarne. Cette dame a organisé dernièrement toute une campagne médiatique pour exiger l’attention des autorités publiques, et menace de partir ailleurs pour développer ses médicaments, elle, qui a déjà été contactée par plusieurs laboratoires comme elle le prétend. Des témoignages de personnes ayant été guéries grâce aux services de cette «praticienne» ont été rendus publics.

C’est ainsi que des journalistes ont eu droit à l’explication d’une jeune femme qui assure avoir été atteinte d’un cancer du côlon et qui a été suivie par un spécialiste à l’hôpital de Blida. Ce médecin n’avait qu’à constater la disparition du cancer après le traitement ingurgité par la malade. Un homme affirme que son cancer de la prostate a disparu juste après quelques doses de traitement dispensé par cette spécialiste. De nombreux titres de presse ont repris ces témoignages sans trop se demander s’ils ne sont pas le résultat d’une collaboration avec la guérisseuse.

Absence de l’état

Ce qui est alarmant, c’est que cette femme, poursuivie en justice par un de ses malades, après avoir constaté que son traitement lui a coûté 30 000 DA, continue toujours d’exercer en toute impunité. Le conseil de l’Ordre des médecins, qui qualifie ce genre de procédé de «charlatanisme», évoque l’absence des institutions de l’Etat pour mettre un terme à ce genre de dérives.
Interrogée sur les soi-disant traitements, Dr Bekkat, président dudit conseil, explique que tout traitement doit passer par plusieurs étapes d’études, d’analyses et d’expérimentations avant d’être reconnu comme tel.

Réglementer pour contrôler

Le président de la Fondation nationale pour la promotion de la santé et le développement de la recherche (Forem), Mustapha Khiati, estime que l’exercice de ce type de médecine alternative doit être soumis à une réglementation rigoureuse. La Forem, qui a réalisé une enquête dont les résultats ont été déjà rendus publics, fait état de plusieurs dérives dans l’exercice illégal de ce type de médecine qui échappe au contrôle.
Les malades, faute d’une prise en charge psychologique après l’annonce d’une grave maladie, se réfugient auprès de ces charlatans des temps modernes qui n’hésitent pas à profiter de leur détresse pour leur soutirer de l’argent.|

Categorie(s): alger

Auteur(s): Fatima Arab

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