Et si j’étais séropositif ?

Elwatan; le Mercredi 4 Decembre 2013
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Suis-je responsable de ce drame ? Chaque jour cette question hante mon esprit, habite mon âme. Un point d’interrogation habille mon corps. Un virus me bouffe de l’intérieur. Je ne sens rien, je ne le ressens pas ce VIH qui circule dans mes veines. Ce VIH qui transporte l’oxygène qui me permet de vivre… de lui survivre peut-être. Ne me jugez pas, écoutez seulement mon histoire, celle d’un jeune de 17 ans qui par malheur habitait un immeuble, où une prostituée a pris quartier. Personne ne la soupçonnait de rien, elle menait un rythme de vie somme tout ordinaire.

Un jour, elle me convoqua chez elle et me demanda de lui faire des courses. Je m’applique sur le champ et je vais lui chercher ce qu’elle voulait. En revenant du marché, je frappe à la porte, elle m’accueille presque nue. Si ce n’est cette chemise de nuit qui cachait mal son corps. Jeune, je ne pouvais m’empêcher de fantasmer. Ce jour-là, je n’avais pas cédé à la tentation. Au contraire, j’évitais de la croiser, de la regarder et refusait de lui parler. La tentation fut tellement grande que je commis l’irréparable. J’ai goûté et trempé dans ce corps, aucun jour ne passe sans que je ne prenne ce vilain plaisir.

Une relation qui a duré presque une année, jusqu’au jour où elle déménagea sans dire au revoir. J’appris plus tard que c’était une prostituée. Son départ de ma vie fut difficile à avaler. Je dormais mal, je ne pensais qu’à son corps. A ces moments de tendresse, de charme, du grand fantasme. Je la cherchais partout, je suis même allé dans les cabarets d’Alger dans l’espoir de la retrouver. Elle a violé mon âme. Je ne mangeais plus et j’avais perdu beaucoup de poids. Un soir, je suis tombé et ma famille m’emmena aux urgences. Le médecin demanda des analyses. Rien à première vue : «Il n’a rien, il est juste un peu angoissé et tendu», disait le médecin à mes parents. Quelques jours plus tard, je rechute et ma mère décida alors de m’emmener chez un Raqi du coin. «Votre fils est atteint d’un sihr».

Le temps passe et je commençais à me rétablir et l’oublier. J’ai passé mon bac et je l’obtiens avec mention. J’intègre l’université de Bab Ezzouar. Un certain juin, une association qui fait dans la lutte anti-sida rendit visite à ma fac et sensibilise les étudiants. Ils nous ont conseillé de faire des tests gratuits et anonymes. Tenté par tout ce qui bouge comme je suis, je vais le faire sans hésitation. Ce fut le drame, et le médecin qui m’a accueilli me demanda encore une fois de refaire le test. Je suis séropositif, il n’y a pas de doute. Je suis vidé, mon esprit s’est égaré, je ne savais plus quoi faire, où donner de la tête. Ma vie est devenue un enfer. Que dieu vous épargne ce malheur. Je maudis cette femme et ce jour où j’ai cédé à la tentation. Jeune, je ne savais pas que je devais me protéger et que le plaisir sexuel nous fait oublier tout, jusqu’à risquer sa vie. Je décidai sur le coup de mettre fin à ma vie, n’était le médecin qui m’a pris en charge. Elle me demanda de suivre un traitement sans trop tarder et en tout anonymat. Elle me disait que je devais dorénavant faire attention aux autres. Je la voyais presque quotidiennement et elle tomba amoureuse de moi.

Pour me prouver son amour et me redonner confiance, on est passé à une relation sexuelle protégée. Elle fera le test par la suite pour me prouver qu’elle n’est pas contaminée. Je ne la croyais pas. Pour moi, sans doute, elle est séropositive. Je commençais à me détacher d’elle jusqu’à ce qu’on se sépare. Je faisais la prière et je priais dieu chaque soir pour qu’il me pardonne mes péchés et me guérisse. Deux années passent sans que je ne sois tenté par le sexe. Je consacrais mon temps aux études et à la prière. Mes parents ne comprenaient pas mon comportement, mes bouleversements, mes humeurs et mon regard fuyant. Je prie dieu pour qu’ils me pardonnent, je leur cache toujours mon mal.

Un jour, à la fac, je croisai une belle fille et je tombai sur le coup amoureux. Le coup de foudre. Nous ne nous sommes plus quittés depuis. Je l’aime ! Je ne peux pas lui faire de mal. Je ne peux pas, hélas, lui promettre une vie merveilleuse, le virus me tue chaque jour et je ne peux rien y faire. J’espère et je continue d’espérer qu’un jour un remède soit trouvé et que ce venin quitte mon corps. Chaque jour, elle me demande pourquoi je ne l’embrasse pas ?  Pourquoi je l’évite ? Je n’ai pas de réponse que celle de me cacher derrière la religion, «c’est haram» je ne peux pas te toucher ! Jusqu’à quand vais-je continuer à lui mentir ? J’ai peur de lui livrer la vérité et qu’elle me quitte suite à ça. Mais ma peur n’est pas là, mon cœur s’est durci et la séparation je connais. J’ai peur que mes camarades, mes amis, ma famille le découvrent. Je ne sais plus quoi faire ?

Samy* Etudiant séropositif
Le prénom et les lieux ont été changés

Categorie(s): etudiant

Auteur(s): Zouheir Aït Mouhoub

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