Folio : La «pensée limace» en Côte d’Ivoire selon Ebony

Elwatan; le Lundi 11 Avril 2011
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Pétrole oblige !, tous les regards sont braqués sur les «événements» du monde arabe en général et de la Libye en particulier, mais ce qui se passe en Côte d’Ivoire nous interpelle. Les Ivoiriens sont nos frères. Les Algériens ne doivent pas oublier cela. Comme tous les pays du tiers monde, la Côte-d’Ivoire est passée par la… dictature. F. H. Boigny, qui a mené le pays vers ce chaos en «désignant» ce Gbagbo sans foi ni loi, a commandé le pays (1960-2000) d’une main de fer jusqu’à sa mort en 2000 ! Il était tout : le grand libérateur, le père de l’indépendance, le «grand président», etc.

Voici un poète ivoirien visionnaire qui a tout vu et tout… dit : c’est Noël X. Ebony. Il se faisait de la poésie une idée large et juste. Elle consistait, selon lui, en une intuition sympathique, dans la fusion du sujet pensant et du monde, sans que l’intellect se départisse de son détachement supérieur. Toute sa vie, il a tenté de résoudre l’antinomie inhérente à sa nature – esprit-matière, âme et corps, pensée et forme plastique.
«Le poète qui voit les étoiles les crée. Tout ce qui est poésie provient d’un coup d’œil jeté d’au-dedans de nous.»(2)
Il y a dans l’esprit une sorte de nécessité poétique.
E. Locha Matéso dit de sa poésie : «Poèmes d’une inquiétante étrangeté qui déstructurent la langue, chant de fond de cale, mémoire des tempêtes anonymes. Râles des agonisants.»
Noël X. Ebony portait un monde aux dimensions de son âme, une des plus vastes et des plus généreuses qui furent :
«Nous sommes le siège incandescent de la foi païenne
Nous sommes la vie qui ne meurt pas
Nous sommes un verbe
Etre.»
Cependant, l’Afrique est la véritable religion du poète. Son retour vers cette «Afrique des solitudes subjuguées et des déchirements assumés» est un retour mélancolique et… apaisant ; le poète croit au progrès, à la liberté, à la démocratie. Ebony a toujours rêvé d’une Afrique, d’une Côte-d’Ivoire «libérée de la pensée limace».
«La vérité est un écrin qui  brille de mille feux dans son unité innombrable
Et l’amour
Est le fils prodigue de ma patrie ressuscitée libérée de la pensée limace
Et ma patrie
Est celle où l’érection vient du cœur.»
Décédé en 1986 (il n’avait que trente ans), Ebony voyait, en poète visionnaire, «la mémoire de la Côte-d’Ivoire passer en contrebande à travers les rets serrés des décennies». A l’époque, Felix Houphouet-Boigny écrasait «tout le monde sous ses larges fesses», (dixit Ebony). Ebony était jeune, fougueux et… patriote jusqu’aux tripes. Il faisait gicler sa sève au visage de tous «les contremaîtres repus». Il jetait un défi à «la mort de la Côte d’Ivoire», une mort préméditée : «Lui
Venu porter témoignage a croisé  les identités riennisées
Disant le désespoir de la fierté écrabouillée sous 9% à l’ombre des développeurs
Et nous qui n’avons de voix que pour dire leur dithyrambe
Disons l’agonie des contremaîtres repus.»
Malgré «le blocage des contremaîtres repus», Ebony étendra dans ses vers la Côte-d’Ivoire, l’Afrique, voire tous les «pays agonisants» jusque par-delà le possible. Il avait une foi immense en la jeunesse, «seul espoir pour redresser la situation…»                                                                                                      

Note :

(1) Poète ivoirien, né à Tamokoffikro en 1956. Ses meilleurs poèmes sont rassemblés dans D.E.J.A vu.
(2) Walt Whiteman paraphrasé.        

(*) L’article a été rédigé il y a dix jours

Categorie(s): culture

Auteur(s): Djilali Khellas

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