Former ou réformer ?

Elwatan; le Samedi 30 Novembre 2013
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Les débats au Parlement ont parfois le mérite de remettre à l’ordre du jour des sujets autrement plus concrets que les bulles médiatiques qui focalisent épisodiquement l’attention nationale. Contrairement à ce que l’on croit, le lancement de la 3G n’a aucune espèce d’importance pour les citoyens du pays profond, où d’innombrables villages ne bénéficient toujours pas de l’aménagement des routes, qui sont la voie de communication de base. Cependant, dans les augustes assemblées, nos parlementaires, comme les ministres convoqués pour répondre aux «questions orales», ont la fâcheuse habitude de prendre les sujets à revers, d’inverser les responsabilités en fustigeant autant que faire se peut les simples citoyens, l’opposition politique ou les élus locaux, ce qui est incompréhensible si l’on admet que les parlementaires sont pareillement élus.

Ainsi, jeudi dernier, un sénateur, interrogeant Tayeb Belaïz, le ministre de l’Intérieur, a pointé «l’incompétence» des élus locaux qui menacerait la paix sociale. Bien que biaisée, la question est cruciale dans un pays qui enregistre jusqu’à 10 000 actions de protestation par année. Les incertitudes sur le front social sont la grande inconnue dans les calculs du régime, totalement absorbé par son projet de passer la prochaine épreuve électorale sans pertes ni fracas. Si la rue gronde, c’est la faute aux élus locaux, incapables de gérer les affaires communales, selon la question orientée du sénateur, qui veut connaître les moyens de dépasser l’incompétence des édiles. Exit la responsabilité de l’Etat, des administrations locales qui gèrent directement plus de 90% des budgets affectés aux communes par le biais des projets sectoriels de développement (PSD). En effet, appuie M. Belaïz, les élus locaux sont pour le moins défaillants et rien ne les empêche de suivre des «formations, ici ou à l’étranger, pour améliorer leurs capacités de gestion». Tout comme les walis, ajoute le ministre. Les présidents d’APC qui effectuent leur deuxième mandat dans leur commune resteraient sans voix devant une telle déclaration, puisqu’ils étaient destinataires, en décembre 2009, d’une circulaire ministérielle, département géré alors par Yazid Zerhouni, interdisant aux maires de participer à des séminaires ou colloques internationaux, sauf autorisation officielle. Il est arrivé, comme à Tizi Ouzou à cette période, que le wali émette un avis défavorable à la demande d’un maire invité à un forum mondial.

Qui faut-il former – ou réformer – dans ces conditions : le maire, le wali ou le système de gouvernance ? La propension à la contradiction est la première tare qui frappe nos gouvernants, capables de vanter les libertés d’un côté et de réprimer de l’autre, appelant à s’émanciper et à évoluer tout en embrigadant d’une main ferme. Bien plus graves que l’incompétence supposée des élus locaux, la bureaucratie et la corruption sont les deux maux qui minent les structures et institutions de l’Etat et que les citoyens désespèrent de voir enrayées de la gouvernance locale et nationale.

Categorie(s): edito

Auteur(s): Djaffar Tamani

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