Froid et «mercato électoral»

Elwatan; le Lundi 20 Fevrier 2012
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Les caprices des éléments naturels, comme on l’a constaté ces derniers temps, finissent souvent par avoir raison des desseins des hommes. Il en a été ainsi l’an dernier du tsunami qui a balayé une partie du Japon, emportant avec lui le gouvernement de l’époque quelques mois plus tard. C’est ce qui risque probablement d’arriver en Algérie avec les législatives de mai prochain, alors qu’une bonne partie du pays, notamment le Centre et l’Est, vient de traverser un épisode hivernal des plus rigoureux. Dix jours après les exceptionnelles pluies et chutes de neige, des villages et des douars restent encore isolés dans les zones montagneuses. Ce qui ne fait qu’accentuer le ressentiment d’une population qui reste, devant l’incurie des pouvoirs publics à faire face à ces situations, convaincue d’être abandonnée et livrée à elle-même.

Le désintérêt pour le sort de ces populations est particulièrement remarquable jusqu’au plus haut niveau de l’Etat, puisque le Conseil des ministres, présidé par Abdelaziz Bouteflika, au plus fort des intempéries, n’a même pas estimé nécessaire de s’y attarder, encore moins d’y consacrer une séance spéciale. Ce sentiment d’abandon chez des populations, qui constituent un réservoir potentiel électoral, pourrait se traduire, le 10 mai, par un fort taux d’abstention, ce qui ne correspond pas au souhait du pouvoir, qui semble déjà avoir choisi de gouverner avec les islamistes, puisqu’à chaque occasion, Abdelaziz Bouteflika n’a pas caché son admiration pour les courants religieux et conservateurs.

Des régions qui, traditionnellement, connaissaient une forte participation aux élections, à l’opposé des grands centres urbains, risquent fort de devenir des «désert électoraux» lors des prochaines législatives. Et ce n’est sans doute pas ce «mercato électoral» auquel se livrent certaines formations politiques, y compris parmi les nouvellement agréées, par lequel se négocient, à coups de sachets en plastique pleins de millions de dinars, les meilleures places sur les listes électorales, qui y changera grand-chose.
Chez les jeunes, le désintéressement à l’égard du «machin» politique est encore plus grand, aussi grand que la fracture générationnelle qui sépare les moins de 30 ans, qui constituent les trois quarts de la population et la gérontocratie qui gouverne ou qu’on retrouve dans les institutions «élues» et dont la moyenne d’âge dépasse les 55 ans.

On disait de l’Assemblée sortante qu’elle avait été mal élue avec les 30% de votants, selon les chiffres officiels – probablement la moitié, d’après d’autres sources –, celle qui émergera du scrutin du 10 mai prochain sera sans doute encore moins représentative, y compris avec une dominante islamo-conservatrice et surtout moins crédible. Ce qui devrait continuer à faire l’affaire d’un régime aussi autoritaire que celui de Abdelaziz Bouteflika.
 

Categorie(s): edito

Auteur(s): Reda Bekkat

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