Genève à petits pas

Elwatan; le Lundi 26 Octobre 2015
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Quelque chose bouge dans le dossier syrien, dit-on depuis au moins quatre mois. Cela semble à ce point sérieux que l’on en voit même la direction, celle de Genève, ce fameux accord conclu en juin 2012 et qui n’a jamais été appliqué en raison de divergences sur son interprétation. Pour le moment, rien n’est acquis, la seule certitude étant que la guerre en Syrie constitue désormais une menace pour l’ensemble de la planète. Il a fallu du temps et même beaucoup pour se rendre à cette évidence, et surtout beaucoup de morts, un pays démoli et des dizaines d’autres submergés, voire déstabilisés par le flot de fugitifs.

C’est peut-être Genève à petits pas. Effectivement, le 30 juin 2012, un groupe de travail s’est accordé sur les principes d’une transition à laquelle le président Bachar Al Assad avait donné son accord, ce qui voulait dire qu’il acceptait de partir, mais pas comme le voulait l’opposition, c’est-à-dire qu’il cède le pouvoir. Cette idée est en train d’être relancée à la faveur de petites déclarations lesquelles, à l’évidence, n’ont rien de fortuites.

Elles semblent même obéir, voire s’insérer dans un projet global susceptible d’assurer l’avenir de la Syrie, mais pas du régime actuel, même si ce dernier se déclare encore «prêt à organiser des élections avec la participation de toutes les forces politiques», et auxquelles il a l’intention de participer «si le peuple n’y est pas opposé». Mais pas encore d’agenda. L’option paraît en tout cas sérieusement envisagée, la Russie ouvrant, à cet égard, une piste avec des éléments qui, pris dans leur globalité, constitueraient une espèce de garantie.

La dernière en date est celle de son ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, qui a déclaré vendredi que la Russie avait bon espoir de réussir à amener toutes les parties du conflit syrien «à la table des négociations» dans un proche avenir, et a même estimé qu’il était «nécessaire de préparer des élections présidentielle et législatives» en Syrie. Le ministre soulignera que les Occidentaux sont en train d’aller vers «une compréhension plus juste» de la situation en Syrie.

C’était juste avant sa rencontre avec son homologue américain, consacrée justement au dossier syrien. Le 19 octobre, John Kerry avait déjà fait savoir qu’il allait rencontrer «des dirigeants de Russie, de Turquie, d’Arabie Saoudite et de Jordanie (...) pour explorer les options qui pourraient peut-être permettre de relancer un processus vers une transition en Syrie». Ou encore a-t-il affirmé, «nous avons moralement intérêt à chercher un moyen d’éviter que la catastrophe qui se déroule empire encore».

Déjà, trois quarts des Syriens, 12 millions de personnes, sont déplacés à l’intérieur du pays ou réfugiés à l’étranger, a-t-il poursuivi. «Le niveau d’immigration en Europe est dangereux» en raison de la difficulté à l’absorber et «la menace de voir encore plus (de réfugiés) arriver si la violence continue et que la Syrie implose est réelle», a averti  M. Kerry. La menace est encore plus globale et est perçue comme telle depuis bien longtemps. Le 13 mars dernier, le patron de la CIA assurait qu’ «aucun d’entre nous, Russie, Etats-Unis, coalition (contre l’EI), Etats de la région, ne veut un effondrement du gouvernement et des institutions politiques à Damas», ce qui ne veut pas dire qu’il faille le soutenir ou alors qu’il constitue l’option d’avenir.

Présenté comme l’allié du régime, Moscou a multiplié les déclarations tendant à prouver le contraire. En ce sens, le Premier ministre russe a affirmé, le 17 octobre, que Moscou défendait son intérêt national en Syrie et qu’il ne tenait pas à ce que le pays reste dirigé par Bachar Al Assad. «Bien sûr, nous ne nous battons pas pour des dirigeants en particulier, nous défendons nos intérêts nationaux», a déclaré Dimitri Medvedev. Ceci pour dire que les choses ont bien changé. Mais cela libère-t-il pour autant le chemin d’une transition, ce qui équivaudrait à la fin de la guerre en Syrie ?

Categorie(s): international

Auteur(s): Mohammed Larbi

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