Juste un mot : le charbonnier nous manque

Elwatan; le Jeudi 5 Decembre 2013
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Le 1er décembre 2006, disparaissait en son domicile à Ben Aknoun, le cinéaste Mohamed Bouamari suite à une crise cardiaque foudroyante. C’est aussi à Ben Aknoun, plus précisément au cimetière de Sidi Merzoug, que Mohamed repose au pied d’un olivier centenaire. Ce cinéaste talentueux, une dizaine de films en tout, autant de longs et courts métrages représentent son œuvre cinématographique. Cet immense créateur a fortement marqué l’histoire du cinéma algérien par ses  productions d’une grande qualité et d’une exceptionnelle originalité.

De plus, il s’imposa dans les milieux du cinéma et de la culture, milieux fort difficiles et biens fermés pourtant, grâce à sa personnalité débordante et un sens aigu du rapport aux autres. Ajoutons qu’il était un brillant animateur et un formateur apprécié et aimé. En son souvenir et pour rendre hommage à l’ami Boubou, comme aimait l’appeler un autre grand monsieur, le fameux journaliste Abdou B., lui aussi disparu  trop tôt, nous offrons à nos lecteurs les dernières lignes du livre que nous avons consacré à la vie et l’œuvre du cinéaste intitulé L’héritage du charbonnier, titre beau et juste à nos yeux, avouons-le… «Ce voyage à Tizi Ouzou, mémorable donc, apporta à notre ami quelques forces et énergies qui lui permirent de nous quitter triste, mais pas désespéré. Il reviendra à Alger, deux ans après, encore une fois avec un nouveau scénario mais en réalité ce sera pour y mourir. L’ami cinéaste nous a quittés et nous ne dirons point, comme tout un chacun et banalement, que ses œuvres resteront car, en réalité, c’est tout Bouamari qui reste et qui est encore là. Il représente vraiment un monstre sacré et nous ne pourrons jamais séparer l’homme, ses idées, sa démarche, sa dégaine, son allure, de son œuvre tant ils s’imbriquent, se confondent, et  comme pour Orson Welles, il nous est impossible de séparer le personnage de l’œuvre. Il est parmi les rares auteurs capables, encore aujourd’hui, de nous permettre de croire, ou du moins d’espérer, que  «l’esthétique sera l’éthique de l’avenir». En ce qui le concerne, homme et œuvre, seul le temps restera juge et témoin. Et quant à son Héritage, il ne sera que ce qu’en en feront ses héritiers.»
Aujourd’hui, sept ans après sa disparition, le charbonnier nous manque beaucoup, son charbon aussi.

 

P. S. 1 - Nous tenons à dire tout notre étonnement suite au coup de fil du frère de Bouamari,
Mouloud, le chef monteur qui nous demandait en riant après lecture de notre livre si nous savions que son frère Mohamed, cinéaste précoce, portait déjà le surnom  d’Orson Welles à Lyon où il avait passé son adolescence et découvert le cinéma. On lui avoua que nous ne le savions pas du tout, son rire devint plus puissant.

P. S. 2 - Bien sûr, aucun responsable, plutôt commissaire, des nombreux, trop nombreux festi-festivals  qu’organise aujourd’hui le ministère de la culture dans notre pays avec l’argent du contribuable n’a l’idée de rendre hommage au cinéaste Mohamed Bouamari, en montant tout simplement une rétrospective de ses œuvres.

Categorie(s): culture

Auteur(s): Boudjemaâ Kareche

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