Kamel Barouche. Maître artisan paysagiste et écologiste : «Le gazon naturel, c’est comme une recette de cuisine»

Elwatan; le Jeudi 29 Octobre 2015
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Faut-il ou non craindre le gazon synthétique à cause d’un présumé caractère cancérigène dû à ses composants ?

En tout cas, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) l’affirme. Cela pourrait être une vérité au Canada, une contre-vérité dans les pays chauds. Le gazon synthétique reste un polymère (matières plastiques et caoutchouc).

Les fabricants savent qu’il existe des risques. En Algérie, nous n’avons aucune culture à ce sujet. Nous en sommes certes loin, mais il est vital de vulgariser le gazon naturel compte tenu de son action salvatrice sur la santé publique en général, et son action psychosomatique sur les footballeurs qui évoluent sur une pelouse revigorante, en particulier.

Vous estimez donc qu’il est vital de vulgariser le gazon naturel pour ses nombreuses vertus, entre autres son action oxygénante. Qu'est-ce qui empêche, à votre avis, sa généralisation en Algérie, que ce soit dans les stades ou les lieux publics ?

Tout d’abord le savoir-faire. Nous n’en avons pas malheureusement. La pelouse naturelle nécessite de la technicité, ce n’est pas l’affaire de n’importe qui. Il ne s’agit pas de confier la pose du gazon au premier venu. L’application technique du matériel de gestion spécial gazon n’est viable que sur les pelouses établies selon des normes spécifiques qui régissent les règles fondamentales de montage des surfaces engazonnées pour le long terme, où chaque outil joue un rôle.

C’est un rituel chrono et synchro aussi facile à faire qu’une recette de cuisine. Le maître de l’ouvrage doit choisir le maître d’œuvre en connaissance de cause, sinon ce dernier risque de profiter de l’ignorance du premier. Ce qui nous manque en Algérie, c’est avant tout de créer une organisation du corps de métier.

Donc, nous n’avons pas de maîtrise technique s’agissant de l’installation d’une pelouse naturelle dans nos stades, ou bien serait-ce dû à la nature de la terre ?

Le stade est un grand bac. C’est une assiette en béton avec des inclinaisons, des couches de drainage, constituées de galets de rivière notamment, ensuite on trouve le support terreux. Ce dernier dépend du climat, de l’exposition au soleil et des vents dominants. Le support terreux doit être vraiment adéquat.

La texture spongieuse du support de culture est établi sur une couche de drainage formée de gravelets de mer ou de rivière pour permettre à l’eau d’arrosage d’emmener l’air jusqu’aux racines sans stagner ni compacter le substrat. Bien entendu, il y a aussi le savoir-faire primordial du «saki» (l’arroseur, en arabe dialectal).

C’est lui qui veille à la durée de l’arrosage, au volume d’eau nécessaire, à la fréquence d’arrosage nécessaire et également à la prévention phytosanitaire, car le moindre détail est important.

On n’arrose pas des plantes ou du gazon naturel n’importe comment. Il y a la façon et la manière, c’est tout un art. L’arroseur est un technicien polyvalent qui peut être formé en 6 mois seulement.

Pour quelle raison les rares stades recouverts de gazon naturel en Algérie sont souvent impraticables pour les joueurs ?

Le gazon naturel est appelé à durer 10 ans. Pour ce faire, le support terreux doit avoir une certaine consistance et nécessite une attention particulière ainsi qu’une étude élaborée pour tenir et résister pendant une décennie. Gérer un stade, c’est vraiment  une science. Une fois le marché décroché, les sociétés mères envoient des sous-traitants qui exécutent le travail à leur place d’où les malfaçons observées une fois le contrat mené à terme.

La sous-traitance est interdite pour les artisans et les compétences algériennes, mais elle est admise pour les étrangers. On ne fait jamais appel aux compétences algériennes et on fait appel à des artisans étrangers qui s’avèrent inefficaces. C’est dommage…
 

Categorie(s): magazine

Auteur(s): Lydia Rahmani

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