Kamel Yahiaoui. Artiste plasticien : Je suis un pur produit de cette Algérie qui renie les ancêtres de son peuple

Elwatan; le Vendredi 17 Fevrier 2012
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- Lorsqu’on voit vos œuvres, on ne peut s’empêcher de penser à la fois à M’hamed Issiakhem et à Kateb Yacine. Cela ne vous énerve-t-il pas ?

Je suis quelqu’un de profondément musical. Beaucoup pensent, à travers mes œuvres, à Issiakhem et à Kateb, je le conçois. Alors pourquoi m’énerver ? Ce qui m’énerverait franchement, ce serait une récupération de tout ce que j’ai fait à des fins contraires à ma conception des choses, de l’être. Rappelez-vous l’être social de Kateb… Il ne faut pas que des pseudo-médias m’utilisent à cette fin. Mais dans le fond, je ne peux pas m’énerver, parce que j’ai baigné dans l’univers des deux, qui m’ont élevé dans la conscience du peuple. Ma peinture déclame le cri de l’olivier, cet arbre symbole de paix, symbole de notre identité nord-africaine.


- Vous avez exposé en Algérie, en France. Vous vous sentez algérien, français ou pleinement universel ?

Je suis un peintre connu dans le monde, sauf dans mon pays qui reste et restera toujours l’Algérie. Il est vraiment désolant que peu de mes compatriotes s’intéressent à mes œuvres. Sans doute rappellent-elles trop l’esprit fusionnel qui unissait avec délicatesse Issiakhem et Kateb, puisque, comme je le dis et le redis, je m’inscris dans la prolongation de leurs vies, de leurs âmes, tout simplement. Je suis prêt et je lance cet appel : je suis disposé à faire découvrir aux Algériennes et aux Algériens tout ce que j’ai réalisé de mes propres mains sans lesquelles je ne serais pas, je n’aurais jamais pu être Kamel Yahiaoui. Le Kamel Yahiaoui auquel vous vous frottez est un pur produit de cette Algérie qui renie les ancêtres de son peuple. Méditez sur Les ancêtres redoublent de férocité. Mais en tant que peintre, j’ai également, bien sûr, ma part d’universalité, en vivant dans ce magnifique pays qu’est la France.  


- On ne peut s’empêcher de voir en vous un rebelle, dans le sens où vous vous rebellez contre toute forme de conformisme. L’art, pour vous, est-il conformiste ?

L’art a, de tout temps, été une forme de rébellion. Bien sûr qu’on peut me considérer comme un rebelle au sens anticonformiste du terme. Je me sens bien dans cette peau, mais je m’y sens mal aussi, parce que je veux rester moi-même, tout simplement. L’art est devenu un mode de vie pour moi. Je ne peux me passer de l’art. Tout est art en moi. Il y a comme une complémentarité, mais le mot en lui-même n’est pas assez fort. Il est vraiment dommage que l’être social en lui-même ne soit pas imprégné suffisamment d’art. En Algérie, je pense que cela vient de la société dans laquelle nous vivons, nos concitoyens ne sont pas conscients qu’il existe d’autres manières de s’exprimer...  


- Vous vous inscrivez dans quel type d’art ?

Cette question est à la fois intéressante et bizarre. Intéressante dans le sens où je suis considéré comme un artiste à part entière, et comme je vous l’ai déjà dit, je ne peux me passer de l’art. Bizarre, parce que moi-même, je n’ai pas d’étiquette à me coller. L’art que j’utilise, l’art dans lequel je suis inscrit est tout simplement mon art. Il n’y a que Kamel Yahiaoui qui réalise ses propres œuvres, qui les expose. Kamel Yahiaoui, je vous le rappelle, est l’un des héritiers d’Issiakhem, de Kateb. Je m’inscris dans leur continuité. Ils m’inspirent continuellement, comme ma femme bien-aimée Nathalie, grâce à laquelle je continue nuit et jour à travailler, mieux, à fusionner complètement avec mon art.

Categorie(s): culture

Auteur(s): Noël Boussaha

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