Karim Abranis. légende du Rock Kabyle : Coup de gueule, coup de blues

Elwatan; le Jeudi 29 Octobre 2015
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«A travers le ministère et ses directions de la culture, le pouvoir politique se comporte comme une agence artistique. Au lieu de se contenter de son rôle régalien et de collecteur de ressources fiscales découlant des activités culturelles, le ministère, via ses directions de la culture, organise les manifestations culturelles et décide donc de promouvoir ceux qui lui plaisent et de sanctionner par la censure ceux qui ne lui plaisent pas», déplore Karim joint par téléphone.

«Le pouvoir monopolise et contrôle aussi les médias (presse, radio, télé). Ces derniers n’assurent pas la promotion des événements culturels non sponsorisés par le pouvoir.

A Sidi Aïch où nous avons produit un gala devant 30 000 personnes, aucun journal, ni radio, ni télévision n’étaient présents. C’est de la censure», poursuit-il. Karim, 66 ans, se plaint aussi du «fléau du piratage et de l’opacité qui affecte les droits d’auteur». «L’incompétence, la médiocrité, l’amateurisme, les mensonges, les retards, les délais de paiement élastiques et indéfinis sont les caractéristiques de ces circuits d’organisation et de production. Nous attendons, en 2015, le cachet d’un gala de 2010.

Les contrats, comme par hasard, ne sont pas signés par avance mais à la remise du cachet. Afin de réduire les possibilités de l’artiste de toute poursuite judiciaire vis-à-vis du cocontractant !» déplore Karim.

Ce pionnier de la musique rock en Afrique a mené une carrière légendaire avec ses chansons devenues cultes. Au cours de sa carrière, il a enchaîné les compositions mythiques telles que Cnigh lblues, Linda, Yemma…, qui ont connu le plus grand succès. Son génie tient à cette dimension inclassable, ce style ambitieux et épuré, salué dans le monde entier.

Avec sa voix profonde et caverneuse et sa chemise ouverte, Karim, tête pensante du groupe, offre une apparence qui incarne l’essence même du rock. L’éternel rebelle et son groupe dont il est le flamboyant leader ont survécu à toutes les modes, à la lassitude et au temps.
Ce mythique groupe a, en effet, connu le passage d’une quarantaine de musiciens tout au long de sa longue et fulgurante carrière.

Fondé il y a 48 ans, ce groupe s’est déjà distingué en 1973 avec un magnifique album. Deux autres albums sont produits respectivement en 1974 et en 1978. Dans la célèbre chanson Tayri, le groupe a donné libre cours à une touche jazz, avec la contribution des bassistes Yannick Top du groupe Magma, Tony Bonfils et du pianiste Marc Goldfeder. Le groupe est alors à son apogée. Avec ses riffs légendaires, l’album est un métissage de sensibilités avec des titres comme Eghedder Amerrzu, Tameghra, Amjahe, Tassusmi et des morceaux au tempo plus lent, comme Aqessam, Ayen izin, Lqum agi. En pleine effervescence du printemps kabyle en (1980), les Abranis sortent un album intitulé Amqsa d yizem.

Trois ans plus tard naît la légendaire Id Was. En 2010, naît un nouvel opus. Emmené par la voix de Karim et d’élégantes lignes mélodiques à la guitare, la musique du dernier album permet de se replonger dans les premières heures du groupe : le vrai retour du rock ruisselant de talent et de fantaisie créative est là. Un délice.

Quatre ans plus tard, Karim, qui annonce la sortie d’un nouvel album en 2016, décide de ne plus chanter sur scène en Algérie. «Je m’en excuse auprès du public qui serait déçu ou contrarié par ma décision de ne plus chanter sur scène en Algérie.»
 

Categorie(s): culture

Auteur(s): Cherif Lahdiri

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