Khaled Ouadah n’est plus : La psychiatrie perd un repère

Elwatan; le Lundi 16 Mars 2009
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Le moins que l’on puisse dire sur Khaled Ouadah, c’est qu’il a traversé son temps comme une poésie inépuisable, d’inspiration en inspiration. Puis il a quitté la scène sans saluer personne d’autre que lui, nous laissant croire que la pièce n’est pas terminée, que nous devons écrire la fin par nous-mêmes, sans lui, avec quelques paroles pour guider notre texte, celui d’une Algérie qui se recherche à travers les âges, une ville, Oran, comme seul modèle, comme unique prétexte.
Ou Paris peut-être. Ou encore Amsterdam comme chemin de retour pour ceux qui, comme lui, connaissent, sur le bout de leurs vers, un village planté dans le dos d’une montagne, entre cieux et moulins, quelque part au détour d’un oued. Khaled Ouadah respirait l’air à sa manière en bombant le torse par fierté légendaire de ceux qui s’appartiennent, ceux qui habitent leurs repères, refusant de courber l’échine devant des couleurs de passage dans une toile, juste pour éviter le mensonge. Et il repart chaque fois un peu plus loin que l’arrivée, pour nous dire que nos parcours sont si longs à atteindre qu’il faut parfois rebrousser chemin plutôt que d’aller vers l’inconnu, vers le meurtre. Il nous prend souvent à nous mentir de plaisirs qui ne valent que le temps d’une chimère adossée à un mur imaginaire pendant qu’à l’unisson nous crions nos détresses.

Souvent d’ailleurs, il revient sur nos pas, juste pour vérifier que nous n’avons marché que sur du sable propre, que nous n’avons pas sali nos pieds à force de les pousser en avant, alors que nos blessures demeurent béantes de lassitude. Que nos bouches n’ont avalé que la sueur de nos fronts. Khaled Ouadah n’a jamais pu comprendre que nos questions ne soient faites que de mots alors que dans nos maux se trouvent d’autres réponses. Alors que des réponses surgissent d’autres questions. Alors que nos paroles n’étaient faites que de sons, pendant que notre sang n’a servi qu’aux paroles. Drôles virgules du temps qui scintillent au cœur de nos espoirs, par devoir d’être là, au moment où lui se trouve déjà plus loin à nous attendre. Il a payé sa dette comme il aime si bien le montrer à ceux que le destin a placés sur sa route.
Le doute n’est plus permis, il a bien été là mais il est reparti vers nos souvenirs.

Categorie(s): oran

Auteur(s): Ahmed Saïfi Benziane

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