L’Algérie sans audiovisuel

Elwatan; le Jeudi 12 Mars 2009
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La Radio nationale a sorti le grand jeu pour son entretien en direct avec Ouyahia : heure de forte écoute, diffusion sur les trois chaînes, traduction simultanée et questions pas trop embarrassantes. Avec son parler simple et le passage aisé entre les trois langues, arabe, française et amazigh, le Premier ministre était dans son élément naturel, à la différence du président de la République, davantage porté sur l'image télévisionnelle à même de refléter sa personnalité exubérante. Bouteflika aime allier l'expression corporelle au verbe, excellant dans ce dernier lorsqu’il n'est pas contraint à la lecture d'un texte écrit – nécessairement en arabe châtié. La cérémonie à la Coupole du stade 5 Juillet où il avait annoncé sa candidature à l'élection présidentielle a été le summum du «jeu présidentiel», comme l'a été hier matin à la radio la prestation du Premier ministre.Les deux piliers de l'Exécutif se complètent parfaitement dans le maniement de l'audiovisuel public, ce dernier se pliant à toutes leurs exigences.

Il fut un temps où ses responsables évoquaient les contraintes du «cahier des charges» imposé par le gouvernement.Mais depuis, ils ont fait évoluer leur discours, évoquant aujourd’hui davantage leur «mission politique» que leur rôle de communicateurs, ce qui, dans leur esprit, ne signifie pas autre chose que la prise en charge des préoccupations des autorités officielles à tous les niveaux, en premier les activités présidentielles et ministérielles.
Un moment à l'ordre du jour (durant les décennies 1980 et 1990, notamment), du moins dans les revendications des journalistes et des syndicalistes, la notion de service publique a complètement disparu. L'audiovisuel public a fini par devenir un simple appendice du pouvoir politique en place.La voix de l'opposition y est absente ou soigneusement contrôlée. Ces médias se sont fermés également aux diverses contestations sociales, syndicales, culturelles, etc. qui agitent la société algérienne. Le prix à payer a été lourd : la perte quasi totale de crédibilité auprès des auditeurs.

La télé a vu son audience diminuer considérablement, la radio un peu moins en raison de sa spécificité et, surtout, de la vitalité de quelques poches de résistance persistantes en son sein. Les Algériens ont recours à ces médias essentiellement pour le divertissement, les boudant systématiquement sur l'information, se tournant pour cela massivement vers le monde – arabe et occidental – des paraboles. L'opinion publique algérienne est devenue sous grande influence des chaînes satellitaires qui, par ailleurs, imposent les valeurs des sociétés d'où elle émanent. Ces chaînes commencent à s'installer officiellement et dans la durée dans le pays pour y faire des affaires. Comme l'Algérie est l’un des rares pays dans le monde où l'audiovisuel est fermé au capital privé national, le choix se réduit au public, soumis au pouvoir et à l'étranger, peu soucieux des intérêts nationaux. Une autre alternative est-elle possible ! Assuré de sa pérennisation pour 5 années encore, le régime politique ne verra pas nécessairement l’utilité de modifier le statu quo dont il a été grand bénéficiaire.

Categorie(s): edito

Auteur(s): Ali Bahmane

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