L'Etat, le seul handicap…

Elwatan; le Samedi 14 Mars 2009
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Evoquer aujourd'hui les souffrances vécues par nos compatriotes handicapés, chaque jour que Dieu fait, participe presque de cette nonchalance nationale à l'égard de cette catégorie. Ce 14 mars censé être la journée célébrant le bonheur d'une partie de la population, pas gâtée par la nature mais bien prise en charge dans son pays, est, hélas, devenu un rituel de mauvais goût. La Journée nationale des handicapés vient, en l'occurrence, rappeler nos lâchetés collectives tout au long de l'année. Elle met à nu la cécité politique frappant encore nos gouvernants qui n'ont d'yeux que pour les personnages excellant dans la danse du ventre. «Cachez moi ces handicapés que je ne saurais voir», c'est à peu près à cela que se résume la politique de prise en charge de ces Algériens pourtant électeurs. Signe de cet abandon pathologique de cette frange de deux millions de personnes : à ce jour, l'Etat algérien ne connaît pas encore le nombre exact de ses handicapés ! Le ministre en charge de la Solidarité nationale a ordonné récemment une enquête devant permettre de définir le handicap en Algérie et mettre au point un plan d'action en vue de «la prise en charge et de la réinsertion des personnes handicapées dans les écoles, les universités et les centres de formation professionnelle». On en est donc, ironie du sort, à la case départ. Quant à la prise en charge, elle peut encore attendre… Nos compatriotes handicapés désespèrent de pouvoir bénéficier un jour d'une allocation à même de les décomplexer de leur misérables 4500 DA par mois que l'Etat leur sert. Le président Bouteflika, qui a fait preuve d'une infinie générosité quand il s'est agi de gonfler les salaires des députés et de ses ministres ou encore d'effacer d'un trait les dettes de ceux qui ont bouffé l'argent public, n'a curieusement pas jugé utile de faire un geste en direction de ces laissés-pour-compte. Même la fameuse «carte bleue du handicapé», qui offre la gratuité du transport public, est presque inutile, tant ce service est assuré par le privé !

Cette carte n'offre pas non plus des soins gratuits du fait que le handicapé est souvent envoyé dans des cliniques privées qui n'ont pas signé de convention avec la CNAS pour pouvoir se faire rembourser. Cette carte bleue ressemble à l'étoile de David qui sert tout juste à distinguer le handicapé dans ce qui s'apparente à une discrimination négative.
Au plan de la réinsertion professionnelle, force est de constater que le handicapé en Algérie ne dispose que d'un «choix» : tenir un taxiphone ou travailler comme agent du standard téléphonique dans une administration ! Ces sombres perspectives et le refus de céder à la fatalité ont donné à réfléchir à cinq jeunes handicapés qui ont relevé l'incroyable défi de devenir «harraga» et «amerrir» sur les côtes espagnoles. Aux dernières nouvelles, ils ont été placés dans des centres spécialisés et bénéficié de cartes de séjour. Comme quoi, impossible n'est pas algérien, même pour un handicapé ! Pourtant notre pays a au moins une raison en or de choyer ses handicapés : ils sont les seuls sportifs capables des exploits internationaux. Avec une moisson de 15 médailles dont quatre en or lors des derniers Jeux paralympiques de Pékin, nos athlètes handicapés ont montré de quoi ils sont capables. Moralité : l'Etat est le principal handicap pour l'émancipation sociale et psychologique de cette catégorie.

Categorie(s): edito

Auteur(s): Hassan Moali

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