L’Islam en débat en France

Elwatan; le Jeudi 7 Avril 2011
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Quelle est la nature du débat proposé ? S’agit-il d’un débat politique ? D’une composante de l’identité nationale ? D’un débat sociologique ou culturel ?Dans tous les cas de figure, il faut aussi poser la question de savoir qui a compétence pour en débattre ? Est-ce les politiques ou les religieux ? Ou les citoyens d’une manière générale. Parce qu’avant de débattre de l’Islam, il faut le connaître dans ses moindres matières pour en saisir sa portée universelle et lui faire éviter les procès inutiles archi connus, historiquement parlant. Ce n’est pas donné au commun des mortels, fut-il président de la République. Là est le danger : en débattre en méconnaissance de cause même avec des musulmans lambda qui ignorent leur propre religion d’un point de vue théorique et pratique, nous les avons vus et entendus à la télévision. C’est la grande caractéristique aujourd’hui de la majorité des musulmans et c’est la raison de leur non intégration dans les sociétés d’accueil de nature laïque contrairement aux musulmans d’adhésion qui embrassent l’Islam après étude, recherche et enseignement.

Si le débat a pour but de clarifier la dimension humaine et universelle de cette religion d’abord et culturelle ensuite, il y a de fortes chances qu’il sera bénéfique pour l’ensemble de l’humanité si les travers de l’histoire sont mis de côté (des deux côtés, les hommes ont fauté par le passé). Le premier d’entre-deux, c’est de prendre conscience que l’Islam n’est pas arabe. Son Livre, le Coran a été révélé en langue arabe, sans plus. C’est fondamental comme point de départ du débat. Parce que toutes les langues comme toutes les couleurs appartiennent en propre à Dieu. L’humanité à l’origine parlait une seule langue avant qu’elle ne se répande aux quatre coins de la Terre, chacune dans le parler avec lequel elle s’est réveillée loin des tribus (des nations aujourd’hui) avec lesquelles elle coexistait.

Ensuite, il faut préciser que l’Islam fait siennes les révélations antérieures avec lesquelles il confirme l’existence d’un Législateur auteur de ces écrits célestes pour en faire une religion monothéiste. Dans ce cadre, on gagnerait à corriger une erreur historique : l’Islam n’est pas la religion que des Arabes seulement ; il s’adresse en général à l’humanité entière et en particulier aux gens du Livre entre chrétiens et juifs pour leur annoncer la double récompense s’ils consentent à croire en la synthèse des religions qui ne heurte en rien les précédentes révélations, autrement dit leur foi. Une question s’impose d’elle-même : pourquoi le Coran élève les juifs et les chrétiens au nombre des croyants alors que ces derniers ne croient pas au Coran ? Où se trouve la mésentente ? Où peut démarrer le vrai débat devant rapprocher des positions justes et parfois inconciliables ?

Comment peut-il en être autrement venant du même Législateur de l’Evangile et de la Thora, et du Zabor du prophète David (Daoud en arabe coranique). Comment peut-il en être autrement quand le Sceau des prophètes déclare qu’Abraham(2) est son père et Jésus(3) son frère. Comment peut-il en être autrement quand les croyants de toutes les religions révélées sont qualifiés dans le Coran de musulmans(4) depuis Noé jusqu’à Mohamed (QSSSL). Que les prophètes eux-mêmes se sont déclarés musulmans comme attesté par le Seigneur des mondes. Qu’il est fait défense dans le Coran de différencier entre les prophètes au point d’ériger ce principe comme une des règles de la foi avec l’obligation de croire à tous les livres avec leurs messagers. Revenons à la langue arabe et posons une question somme toute logique.

Pourquoi le Coran a-t-il été révélé dans cette langue parlée par des bédouins méconnaissant totalement les religions antérieures et l’histoire de leurs prophètes ? Des bédouins analphabètes même s’ils excellaient dans la poésie et la prose. Ceci pour affirmer qu’en matière de preuve irréfutable de la nature révélée du Coran, il n’y a pas mieux à l’époque, car ses révélations sont conformes aux écritures précédentes sans tenir compte de la question de la trinité ou qui d’Ismaël ou Isaac a reçu la tradition du bélier (des querelles mineures en précisant que Jésus n’a jamais dit «Au Nom du Père, du Fils et du Saint Esprit» comme affirmé dans le Coran).

Ensuite, il y a lieu de noter que c’est l’unique langue écrite et parlée composée d’un pronom personnel référant à deux personnes. Cet attribut permet de comprendre toutes les histoires révélées par Dieu qui se sont passées entre deux personnes dans l’absolu : Adam et Eve, Moïse et Aron, Salomon et la reine de Saba(5), etc. C’est-à-dire que d’un point de vue syntaxique, ce Livre est aussi vrai dans l’absolu. L’histoire d’Adam et d’Eve nous fait retenir qu’il n’y a jamais eu de péché originel pour accabler la femme, car les deux ont demandé pardon au Seigneur et il a pardonné aux deux auteurs tombés sous le charme de Satan. La langue arabe est difficile d’altération, ce qui a permis la sauvegarde de l’authenticité du Coran. On ne peut changer quoi que ce soit sans en altérer les sens apparents et cachés des versets, même pas une ponctuation ou une intonation. Aucune faute de conjugaison ou de grammaire ne peut être ciblée. Cependant, la traduction par rapprochement du sens est plus que tolérée, c’est un devoir envers les hommes et les femmes.

Il faut revenir à la liberté du prêche

Contrairement aux chats du monde entier qui miaulent de la même façon ! Notons tout de même un fait bizarre : en arabe vous pouvez transcrire aussi bien le chinois que l’anglais, le français ou l’allemand, et même le russe. Une transcription phonétique littérale. Il n’y a aucune langue que vous ne pouvez transcrire phonétiquement en langue arabe surtout si nous ajoutons deux lettres à l’alphabet composé de 28 lettres (le G de gagner «prononcer la première syllabe seulement» et le P de Paul). C’est quand même troublant, il est à se demander si à l’origine l’on ne parlait pas l’arabe depuis Adam.  Parce qu’il faut saisir que les noms propres des prophètes ont tous eu leur équivalent en arabe : Noé (Nouh), Abraham (Ibrahim), Salomon (Souleymane), Jésus (Aïssa), Moïse (Moussa), Élie (Lyès), David (Daoud), Joseph (Youssef), Jacob (Yaqoub), Issac (Ishaq), et nous en oublions certainement pour retenir aussi des équivalents en arabe et dans les langues d’origine comme Loth (Loth en arabe aussi). Il n’y a que Mohamed qui n’a pas d’autre équivalent dans toute autre langue (Mahomet n’est pas la bonne traduction). Quand on a posé la question à Mohamed (QSSSL) sur le mérite des Arabes auprès de Dieu, il a donné une réponse qui laisse comprendre que si Dieu n’est pas Arabe, il a choisi le Sceau des prophètes arabes, la langue du Coran arabe et la langue du paradis arabe. Il a ajouté qu’il n’y a de différence entre un Arabe et un non Arabe que par la piété. C’est à dire un non Arabe pieux vaut mieux qu’un Arabe non pieux.

Les trois éléments de réponse démontrent une volonté divine de préférer l’arabe aux langues de l’univers que par Sa seule volonté tout en faisant siens, toutes les langues et tous les bruits (pas d’action ni d’inaction sans la permission de Dieu).  Que la religion  n’est pas une histoire de langue ou de peuple mais de lois divines à respecter par les humains, hommes et femmes, de tout point de vue égaux, en l’espèce et en la matière. Ce n’est pas une histoire de nationalité. Ce n’est pas, à plus forte raison, une histoire d’identité nationale.
C’est une histoire de règles de la vie en société, de mode de vie soumis aux lois du Créateur dans le cadre des libertés accordées aux Hommes y compris la liberté de mécroire. Le parti des croyants dans le monde n’est pas un parti politique partout «Nous vous avons formés de peuples et de tribus pour que vous vous entre connaissez» (Coran).

La religion, après le culte, est une culture supposée former des hommes et des femmes aux principes de justice et d’égalité qui sont devenus aujourd’hui des valeurs universelles. Au principe d’utilité sociale partout dans le monde, commandant des services à rendre à l’humanité sans aucune distinction de race ou de religion. Sans intégrisme ni extrémisme de parole ou d’action. Avec tolérance, bienséance et rectitude morale, le tout enrobé de travail et d’amour du prochain quel qu’il soit dans le monde (rappelons-nous le voisin juif de Mohamed). C’est valable aussi pour la flore, la faune, que pour l’environnement en général. Si aujourd’hui les musulmans ne sont pas de bons ambassadeurs de l’Islam, voire les musulmans arabes d’origine, ce n’est pas faute à l’Islam duquel ils ont hérité des convictions qui parfois sont loin, très loin, de la Vérité révélée et de la Tradition prophétique mohammadienne.

A qui la faute ? Peut-être au colonialisme, en tous cas au sous- développement culturel ambiant d’essence fondamentalement socio-économique dans le tiers-monde. Il faut se poser la question de savoir pourquoi des musulmans, autres qu’Arabes, sont meilleurs ambassadeurs de cette religion surtout ceux venant d’Europe (à la base, ils sont déjà éduqués) ? Aux lieux saints de l’Islam vous ne pouvez que les admirer tellement d’excellente conduite ! L’Occident a une grande part de responsabilité. Les Arabes, aussi, sans aucun doute, parce qu’ils sont dépositaires, non pas du Livre mais de sa langue de révélation. Ils n’insistent pas beaucoup sur des vérités primaires comme de dire avec force que l’Islam c’est la résultante finale des religions qui concerne l’ensemble de l’univers dans un libre arbitre de chacun qui oblige au respect des valeurs actives des hommes et des femmes d’aujourd’hui. «Point de contrainte en religion», c’est connu et dit mais peu pratiqué.

Que les Arabes n’ont aucune espèce de préséance sur les non Arabes. D’ailleurs, aujourd’hui ils sont une minorité dans le monde musulman et c’est tant mieux pour justifier que l’Islam est une religion universelle qui respecte dans ses tréfonds le judaïsme et le christianisme, pour lesquels il invite au respect et à la bonne parole. Nous sommes gens du Livre, frères et sœurs de par notre monothéisme. Seulement il est dit dans le Coran qu’aucun ne suivra la direction (Qibla) d’autrui ! Mais il est fortement recommandé de coexister pacifiquement (liberté de commerce et d’industrie) et de persévérer dans les bonnes actions qui servent l’humanité et la vie sur terre dans une convivialité totale richement culturelle (liberté de circulation devrait-on ajouter).

Maintenant, il est vrai que l’Islam soulève une question de démocratisation des relations internationales : quelle différence peut-il exister entre un Américain bombardant Baghdad et un Ben Laden détruisant les Tours jumelles ? Deux destructeurs que l’Islam condamne et que nous dénonçons énergiquement.

Ceci dit, l’intégrisme armé nous fait honte, qu’il tue des musulmans ou des non musulmans, il reste à éliminer sans aucun scrupule si ce n’est la légalité de l’action mondiale coordonnée qu’il appelle pour son éradication. Comme il est de la plus haute priorité d’instaurer un ordre mondial plus juste, plus humain, plus rassembleur. Plus démocratique dans le tiers-monde où il faut que l’on comprenne une fois pour toutes que la religion relève de la liberté privée qui se fond dans les libertés publiques partout où existe un ordre public. National ou international. La preuve, au début de l’Islam, les premiers musulmans exilés ont été reçus en hôtes en Abyssinie chrétienne sans heurt ni haine mais en frères humains qu’un seul cheveu séparait. Avions-nous été déjà des coreligionnaires du vivant du prophète Mohamed (QSSSL) ? Aujourd’hui, il faut revenir à la liberté du prêche qu’il soit juif, chrétien ou coranique, il demeure pour nous «musulmans» au sens donné par Dieu à ce mot. Il n’y a qu’un Berger et nous sommes son troupeau dans la voie par Lui tracée.

A ce titre et en remontant le temps nous, musulmans, pouvons dire que nous sommes juifs du temps du judaïsme, chrétiens du temps de la chrétienté, et musulmans d’aujourd’hui du temps du Coran, dernier livre rassembleur révélé. C’est cela l’Islam et rien d’autre. Il était, il est et demeure une triple paix : avec Dieu, avec les hommes et avec soi-même. Et tant que le droit positif ne transgresse pas la foi des uns et des autres, il mérite tout notre respect pour une vie partagée de liberté, sécurité et prospérité.
Les synagogues, les églises et les mosquées doivent être construites librement partout dans le monde où elles devraient vivre en bonne intelligence. C’est vital pour s’éloigner du choc des civilisations au profit de l’entrechoc enrichissant les civilisations, fruit de la culture ô combien humaine et si faible de connaissance («Vous n’avez reçu de science que si peu». Coran).                                       

S. B. E. : Ancien élève du CERAM, Sophia-Antipolis, et ENA Paris Strasbourg.

Note de renvois :
1) En vérité depuis le début de la création parce que la religion chez Dieu est l’Islam au sens étymologique de ce mot c.à.d. l’addition de toutes les religions.
2)  C’est lui qui nous a nommés les musulmans.
 Il a annoncé la venue de Mohamed sous le prénom d’Ahmed dans le Coran. Ahmed transformé en Mohamed un prénom qui n’a jamais existé auparavant. Qui pouvait l’inventer ?
4) Le mot musulman (mouslim) dans le Coran est  traduit tantôt tel quel et tantôt par le mot en apparence synonyme ‘’soumis’’. Pourquoi s’agissant d’un même mot ?
 5) Dieu témoigne pour la postérité que cette femme Reine fut démocratique dans son assemblée royale avant qu’elle n’embrasse la religion de Salomon dite déjà Islam. Quelle leçon pour les hommes !
 

Categorie(s): idées-débats

Auteur(s): Sadek Berkane El Djazaïri

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