La betterave sucrière en Algérie : Défis et perspectives

Elwatan; le Lundi 11 Avril 2011
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Elle a été testée pour la première fois en Algérie en 1887 dans la plaine de la Mitidja. Les colons ne se sont pas intéressés à son développement  parce qu’en France elle a connu un essor dès 1811 sous le règne de Napoléon qui ordonna sa culture sur  32 000 ha avec une aide financière de l’Etat. A cette époque déjà, en 1828, en France il existait 89 sucreries qui produisaient 4000 tonnes de sucre. Actuellement, en 2011, ce sont 42 sucreries qui produisent environ  4,9 millions de tonnes de sucre par an. Dans le monde, la betterave sucrière est cultivée sur 7 millions d’hectares. La production mondiale de sucre en 2010 (de canne et de betterave) est de 158 millions de tonnes.

Elle a diminué pour la deuxième année consécutive et n’arrive pas à satisfaire les besoins estimés à 167 millions de tonnes. En 1966, la première sucrerie-raffinerie algérienne a démarré à Khemis Miliana, suivie de celle de Guelma. Le but n’était pas de supprimer les importations, mais de produire une certaine quantité au niveau national afin de réduire la dépendance du marché international et de moderniser l’agriculture au niveau des périmètres irrigués ; la betterave sucrière est une culture industrielle fortement mécanisée et à forte marge brute. La sucrerie d’El Khemis a été conçue pour un traitement de 1 500 tonnes de betterave par jour, soit 150 000 tonnes pour une campagne de 100 jours, ce qui correspond, avec des rendements évalués à l’époque à 30 t/ha, à une superficie de 5 000ha.


Produits de la betterave sucrière


Les besoins en sucre au niveau mondial étant assurés à 38% par la betterave sucrière, le reste par la canne à sucre, la proportion de la betterave ne cesse d’augmenter. Diverses raisons  expliquent cette situation : la betterave est beaucoup moins exigeante en eau et plus riche en sucre que la canne. Dans une tonne de betterave on peut extraire 130 à 140 kg de sucre, 50 kg de mélasse et 500 kg de pulpes humides.
La betterave sucrière est une plante bisannuelle, mais récoltée la première année pour la production de sucre au bout de 200 jours environ après le semis, elle n’a pas d’exigences particulières. Au niveau de la parcelle, la biomasse aérienne (feuilles et collets) représentent  40% de la récolte. Pour un rendement de 60 t/ha, on peut avoir 24 t de vert avec 12% de matière sèche, soit 2,8 t/ha de fourrages riches pour l’alimentation des animaux, avec 0,8 UF, c’est l’équivalent de 23 quintaux d’orge !


Les autres sous-produits développent toute une industrie de distillation (100 litres d’éthanol par tonne de racines) et de levure de panification (10 kg de levure sèche par tonne de mélasse). Les pulpes sont consommées soit fraîches, soit ensilées, soit déshydratées. C’est par toutes ces utilisations que la betterave sucrière entraîne dans son sillage le développement de l’élevage notamment bovin. Si les besoins estimés à 700 000 tonnes de sucre par an en Algérie sont importés en totalité, nous subissons à chaque fois les coups de la spéculation et de l’instabilité des marchés internationaux.
Le choix se pose entre le raffinage, l’importation du produit fini ou la culture de la betterave en Algérie. Dans le souci d’éviter les crises récurrentes de ce produit stratégique, il est impératif dès maintenant de procéder à la mise à niveau des sucreries existantes et relancer dans un cadre organisé les coopératives spécialisées en cultures industrielles afin d’exploiter en commun les moyens matériels (semoirs de précision, bineuses, arracheuse, etc.).   


 Notre contribution pour la réhabilitation de cette culture fait suite aux dernières décisions concernant le sucre ; nous pensons que ces mesures conjoncturelles ne règlent point le problème, d’ailleurs une décision officielle a été prise. Cette situation n’ira pas au-delà du mois de septembre 2011. Nous pensons que cette culture doit de nouveau être progressivement intégrée dans les systèmes de production afin d’assurer le minimum de sécurité alimentaire surtout que c’est une culture facile et que les compétences existent.  Pour encourager les futurs betteraviers à investir dans cette culture, il est nécessaire de les aider durant les premières années en subventionnant certains intrants propres à la culture (semence, fertilisation et produis phytosanitaires).    


La teneur en sucre des différentes variétés de betteraves varie de 16 à 20 %, selon les rendements. La quantité de sucre obtenue est en moyenne de 10 tonnes par hectare. Les travaux de l’ex-IDCI (institut de développement des cultures industrielles) ont montré les potentialités de cette culture en Algérie. En expérimentation avec 600 mm d’eau on obtenait  80 t/ha ; la moyenne au Maroc est de 70 à 80 t/ha. Avec  40 000 ha entre les plaines du haut Chéliff, de Annaba et les nouveaux périmètres irrigués on peut donc assurer, avec un rendement moyen de 50 t/ha, une production nationale de 400 000 tonnes de sucre annuellement soit 57% de nos besoins et ceci avec tous les avantages cités plus haut. La réussite de cet objectif exigera du temps et dépendra de l’installation de nouvelles sucreries et de l’équipement en matériel spécifique des futurs betteraviers.              
 

M. S. Cherfaoui.  Enseignant à la faculté agro-bio de l’université de Tizi Ouzou
 

Categorie(s): débats de l'heure

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