La leçon allemande

Elwatan; le Samedi 18 Fevrier 2012
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Le président allemand, Christian Wulff, a démissionné hier pour devancer une demande de parlementaires du Bundestag. Il n’a pas volé les caisses de l’Etat, il n’a pas violé, il n’a pas eu une conduite immorale et il est très respecté par le peuple allemand. Son crime ? Il a eu un prêt immobilier pour l’achat d’une maison à un taux d’intérêt préférentiel. Cela a suffi pour déclencher un scandale en Allemagne, notamment chez les partis politiques qui, toutes tendances confondues, ont exigé la constitution d’une commission d’enquête.

En apprenant une telle information, un Algérien ne peut que rester hébété. Quoi ? Un Président démissionne seulement parce qu’il a eu un prêt à un taux d’intérêt privilégié ? Pour l’Algérien, ce n’est là qu’une opération normale qui ne mérite pas qu’on s’y attarde et qui ne nécessite aucun commentaire et aucun cri de colère. Bref, il n’y a pas de quoi s’offusquer. Et l’Algérien se met alors à rêver. Est-ce qu’un jour arrivera où le chef de l’Etat rendra des comptes à la nation et à la justice ? Est-ce qu’un jour un Président et son entourage, qui ont pillé le pays, connaîtront les tribunaux alors que, pour l’instant, seuls des seconds couteaux payent ? Façon de faire croire que l’Etat de droit est là.

Est-ce qu’un jour on demandera des comptes à des gens qui vivent nettement au-dessus de leurs moyens, avec villas et voitures rutilantes, alors qu’ils sont salariés ? Est-ce qu’un jour cette Assemblée nationale, aujourd’hui assemblée de beni oui-oui et qui se prétend «l’élue du peuple», se penchera sur les fortunes des dirigeants qui ont accaparé les richesses du pays et érigé la rapine comme mode de gouvernance ? Car dans cette Algérie de 2012, le serment de Novembre a bel et bien été trahi. La corruption est pratiquement institutionnalisée à tous les niveaux et c’est un miracle qu’elle n’ait pas été codifiée par des textes de loi. Vole qui peut !

Le poisson pourrit par la tête et les mauvais exemples viennent de ce fait d’en haut. Exception faite pour le menu fretin, l’impunité est de règle pour les dirigeants hauts placés comme on l’a vu avec le scandale de l’autoroute Est-Ouest, celui de la pêche ou encore celui de Sonatrach quand Chakib Khelil était ministre de l’Energie.

La corruption à un stade endémique est la pire des choses qui puisse arriver à un pays. La Grèce a perdu son indépendance et elle est mise sous tutelle de l’Union européenne et du FMI à cause juste de ce phénomène. L’Algérie pourrait bien se retrouver dans la même situation si elle continue à être gérée dans une totale absence de transparence. Elle ressemblera alors à la Somalie ou à l’Afghanistan. C’est peut-être ce que souhaitent certains de ses maîtres.

Categorie(s): edito

Auteur(s): Tayeb Belghiche

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