La liberté de la presse en danger : Mustapha Hammouche. Editorialiste à Liberté : La répression, une priorité nationale

Elwatan; le Vendredi 23 Octobre 2015
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A l’occasion de la «journée de liberté de la presse», instaurée par le président Bouteflika, chaque 22 octobre. El Watan Week-end ouvre ses colonnes aux professionnels et aux juristes pour faire le point sur l’étendue des attenites aux libertés.
La fermeture de la chaîne de télévision El Watan TV s’apparente, par son mode expéditif, plus à l’acte punitif qu’à la sanction disciplinaire.

Dans l’urgence de sévir, le pouvoir ne s’est pas embarrassé de forme et n’a pas pris le temps d’actionner l’autorité éthique ou la justice. La répression des médias affranchis de son contrôle éditorial constitue, pour ce pouvoir, une constante politique. Elle a pour fonction d’annihiler les effets du principe de liberté de la presse, un mal nécessaire pour un régime à prétention démocratique.

Elle est, pour l’information, ce que la fraude est à l’élection : un antidote autoritaire aux droits politiques et civils imposés à lui par les luttes politiques nationales et par les règles de «fréquentabilité» internationale.

De nature foncièrement autoritariste, il conçoit ces libertés comme autant de contraintes de pouvoir et s’emploie à réduire scrupuleusement leur portée politique. Tous les moyens sont bons pour vider les libertés et les droits civils de leur contenu pratique et de leur sens. Ils doivent être réduits à une effectivité «a minima».

C’est pour cette raison qu’en matière d’expression en général et de liberté de la presse en particulier, la répression directe n’est pas l’unique instrument par lequel l’on tente d’imposer le silence aux voix discordantes.

Après avoir un temps privilégié le harcèlement judiciaire aggravé par la pénalisation des délits de presse, le pouvoir a eu recours aux suspensions administratives des titres, aux suspensions «économiques» rendues possibles par le monopole passé de l’impression et au sevrage de publicité institutionnelle et, plus récemment, à l’orientation de la publicité des grands annonceurs privés.

A ce foisonnement de procédés, s’ajoute l’entreprise de bourrage de l’espace médiatique par une multitude de titres alibis, financés par la gratuité de l’impression et perfusés de publicité de complaisance. La dépendance économique vient en renfort aux procédés d’influence politique. La finalité de cette injection abondante de titres bienveillants ou débonnaires et de ce surpeuplement médiatique est de noyer dans la masse les journaux critiques. La révision de la loi sur l’information, en introduisant de multiples lignes rouges, parfois assez floues pour être déplaçables à l’envi, fut un autre moment de perfectionnement du cadre répressif de la liberté de la presse.

La loi sur l’audiovisuel, longtemps retardée, et laborieusement tissée, confirme la difficulté du pouvoir à s’extraire du culte du discours unique. Pour célébrer la première «Journée de la liberté de la presse» version nationale, la Présidence vient de décider de la création d’un organe de surveillance généralisée de la communication électronique des Algériens ! La presse a régulièrement des accès de fièvre répressive.

A l’été 2003, veille de l’élection pour le second mandat présidentiel, les procès se multiplièrent, ou durant la campagne pour le troisième mandat où les promoteurs du candidat officiel redoublèrent de menaces tous azimuts et de violence verbale, par exemple. Mais même si le réflexe répressif de notre régime se manifeste plus nettement quand il est en difficulté politique, comme c’est le cas actuellement, il faut dire que, dans les faits, l’étouffement de la libre expression a toujours constitué une priorité nationale.

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