La montée en cadence

Elwatan; le Dimanche 6 Janvier 2008
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Par des appels, des pétitions ou des interventions publiques, des personnalités de diverses tendances tentent de se dresser contre le projet d’un «troisième mandat» pour Bouteflika. Deux arguments sont mis en avant. Le premier porte sur la nécessité et l’urgence de protéger la Constitution d’un «coup de force» qui reléguerait l’Algérie au rang des «républiques bananières», ces territoires où la «loi fondamentale» est un habit taillé sur mesure pour les puissants. Le second se veut un réquisitoire contre la décennie écoulée qui a laissé l’Algérie en rade : à leurs yeux, un autre mandat ne ferait qu’aggraver la situation déjà catastrophique dans la plupart des domaines, en dépit d’une exceptionnelle aisance financière. Ces personnalités cherchent à gripper le processus, voire le stopper, par la force de leurs plaidoyers et c’est là que le bât blesse, car l’Algérie fonctionne autrement. La communication est unilatérale, du sommet vers la base, et le débat critique et la confrontation des idées ne font pas partie de la «culture politique» ambiante, laquelle est davantage «forgée» par l’audiovisuel public. Celui-ci est sous influence directe du discours officiel amplifié par l’exécutif, les formations politiques affiliées au pouvoir et toute une noria d’organisations à appellations diverses satellisées généralement autour du FLN et accessoirement des partis de l’Alliance présidentielle. Les médias audiovisuels trouvent leur «puissance» dans la caractéristique de l’Algérie de maintenant : elle est en partie analphabète et surtout de large tradition orale et de peu d’accès aux messages écrits. Les organes d’information lourds vont monter en cadence durant les mois à venir pour répercuter les slogans des artisans et des partisans du troisième mandat présidentiel. Ils en feront leur principale ligne de conduite, une fois que la décision officielle aura été prise par Bouteflika. Le ton a été donné par l’ENTV qui, dès la fin décembre, à la faveur de la présentation des éphémérides, a mis l’accent essentiellement sur les réalisations du chef de l’Etat. Elle a occulté ou minimisé les difficultés du pays, le marasme des jeunes, la malvie, la prolifération des maux sociaux, etc. Les voix discordantes ou opposées au troisième mandat n’auront droit de cité qu’à la faveur de la campagne électorale officielle, c’est-à-dire en mars 2009. D’ici là, le «viol des foules» aura largement fait son œuvre... Entre 2004 et aujourd’hui, rien n’a changé au niveau des mœurs politiques, des pratiques du pouvoir et des hommes qui le portent. Mais cela ne dédouane pas l’opposition démocratique de ses errements. Ces cinq dernières années, elle n’a pas su exploiter les faiblesses du pouvoir pour se fortifier. Les conflits internes l’ont réduite quasiment à néant.

Categorie(s): edito

Auteur(s): Ali Bahmane

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