La soif de liberté

Elwatan; le Dimanche 10 Avril 2011
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Une véritable épreuve de force est en train de se dérouler en Syrie, avec un évident déséquilibre dans le rapport des forces, avec d’un côté, des poitrines nues et, de l’autre, tout l’arsenal répressif de l’Etat syrien. Ceux qui bravent cet ordre ont accepté d’en payer le prix, avec chaque fois des morts. Vendredi, le bilan de la contestation s’est allongé avec au moins 37 personnes tuées. Et pour lever toute équivoque et surtout de ne pas entretenir ce climat de doute qui tendrait à attribuer la violence à d’obscurs groupes armés, et en tant que tels non identifiés, le président de l’organisation syrienne pour les droits de l’homme, n’a pas manqué de préciser que ces personnes ont été tuées par les forces de l’ordre syriennes.

Celles-ci ont tiré à balles réelles sur des manifestants pacifiques appelant à la liberté. Ce responsable s’est même cru obligé de faire un état des lieux en soulignant que «ceux qui connaissent la Syrie savent qu’il n’y a pas de bandes armées ni un chaos sécuritaire. Le pays est tenu depuis 50 ans par un seul parti, gouverné par l’état d’urgence et possède 17 services de sécurité bénéficiant de tous les moyens financiers, logistiques et humains», contestant du coup la version officielle selon laquelle des groupes armés ont tué
19 policiers en quelques heures «alors que la ville est assiégée depuis un mois».

Chaque précision a son importance dans un paysage qui tend à être brouillé avec l’organisation entre autres de contre-manifestations par le parti au pouvoir. Ce dernier a dû déployer les gros moyens, pour avoir en apparence réussi à influencer le discours officiel. Ce dernier, avait-on constaté, avait changé en un laps de temps très court, reniant même ses promesses, annoncées il est vrai par une porte-parole du régime syrien. Tout le monde avait fini par attendre le président Bachar Al Assad sur le terrain des réformes, enfin pour être plus juste, les promesses de changement, car en régime totalitaire, le temps est un facteur redoutable, en tout cas suffisamment fort pour tuer toutes les promesses. Il n’en a, effectivement, pas été question, même pas la levée de l’état d’urgence en vigueur dans le pays depuis 1963, que l’on disait déjà acquise. Plus que cela, dans son discours du 30 mars, le président Al Assad certainement induit en erreur par les contre-manifestations de la veille, à moins cependant qu’il ne les cautionne, n’a pas hésité à parler de «conspiration». Visiblement, le pouvoir ne veut même pas accorder le droit de manifester. Quant aux autres libertés, il a fait savoir ce qu’il en pense et même la manière qui accompagne ce refus.

Ceux qui réclament depuis des semaines «une Syrie sans tyrannie, sans loi sur l’état d’urgence ni tribunaux d’exception» ont, quant à eux, brisé le mur de la peur, un sentiment que veulent développer et entretenir les régimes totalitaires de par le monde, persuadés que les populations qu’ils dominent en seraient marquées à vie. Pourtant, et rien qu’à travers le monde arabe et durant ces trois derniers mois, la soif de liberté était la plus forte, faisant sauter tous les bâillons.

Categorie(s): edito

Auteur(s): Mohammed Larbi

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