Le chanteur Idir au Forum de Liberté à Alger : «L’identité otage de l'idéologie »

Elwatan; le Mardi 3 Decembre 2013
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Officialisation sans condition de la langue amazighe et reconnaissance de cette culture dans son pays.» La star de la chanson d’expression kabyle, Idir, dénonce l’emprise de l’idéologie sur l’identité amazighe en Algérie. «Il faut que cette langue soit nationale et officielle. Mon problème n’est pas avec les Algériens, on a un imaginaire collectif et des rêves qu’on partage. Moi je ne vois pas de solution si on refuse la reconnaissance de ma culture en tant que nationale et officielle. Si on s’obstine dans cette posture, il ne faut pas s’étonner que les gens voient germer dans leurs têtes d’autres idées qui, même si elles ne paraissent pas normales, pourraient prendre une logique certaine et cohérente», lance-t-il lors de son intervention, hier, au forum du quotidien Liberté.

Le chanteur de la célèbre Avava Inouva ne veut pas être un Algérien à moitié seulement. «Je pense qu’il ne suffit pas de décréter qu’une langue est nationale si on ne lui donne pas les moyens de son expression, si on ne la légitime pas», appuie-t-il, en déplorant une volonté d’imposer la transcription de cette langue en caractères arabes sans ouvrir de débat sur la question avec des linguistes. Une démarche, dit-il, guidée par des considérations purement idéologiques. «Il faut dépasser ce côté idéologique, sinon c’est la voie ouverte à toutes les incertitudes», clame-t-il. Pour lui, l’idéologie et la culture ne font pas bon ménage.
Et en Algérie, la première ne laisse aucune place à la seconde. «Malheureusement l’idéologie a pris le pas sur l’émotionnel. Les deux ne s’entendent pas. L’idéologie est un discours, c’est une chose verticale, c’est un dogme qu’on doit accepter à tout prix, et moi je ne l’accepte pas !», martèle-t-il.


«L’Algérie n’est pas un État de droit»


Pour étayer ses dires, Idir rappelle que «l’histoire de l’Algérie s’est écrite souvent en marge de l’histoire». «Dans les années 1970, nous avons commencé à écrire l’histoire de l’Algérie à partir du VIIIe siècle. Comme si de zéro à 8, il n’y avait plus rien. Ça c’est un crime culturel», explique-t-il, affirmant qu’il ne revendique pas son identité berbère car il est amazighe. «C’est à l’autre d’apporter les preuves de ce qu’il est, s’il le faut. Je suis d’accord pour qu’on face un bout de chemin ensemble, mais je ne peux pas être à la traîne comme un bidon que l’on traîne avec un fil. Je suis Algérien à part entière», ajoute-t-il. Pour lui, «la nation algérienne n’est pas encore un Etat de droit». «Parce que la Constitution algérienne consacre l’exclusion en décrétant que l’Algérie est un pays arabe et que l’islam est religion de l’Etat. Moi je dis que l’Algérie est un pays et l’Etat n’a pas à avoir de religion.

Il faut avoir le courage et l’honnêteté de discuter de toutes ces questions», enchaîne-t-il. Interrogé sur le projet d’autonomie puis de l’indépendance de la Kabylie défendu par Ferhat Mhenni et le MAK, Idir appelle à un débat : «L’autonomie et l’indépendance, ce sont des concepts logiques lorsqu’ils découlent d’un phénomène de révolte, de réaction et de ras-le-bol. Mais qui a provoqué ce sentiment ? Est-ce que notre destin n’est pas d’être heureux tous ensemble dans ce pays, de façon à ce que chacun ait droit de cité ? Pourquoi faut-il occulter l’un par rapport à l’autre ? Ferhat Mhenni est quelqu’un qui a un parcours très peu commun. Il faut être honnête. Il s’est battu pour son identité, il l’a chantée. C’est bien de poser ce problème de l’autonomie. Parce que c’est à partir de la discussion qu’on va s’ouvrir et voir éventuellement quel est le meilleur chemin possible.»   

 



 

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Madjid Makedhi

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