Le pouvoir maintient le statu quo et se met en mode survie : Passer le pont 2013

Elwatan; le Jeudi 3 Janvier 2013
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Une nouvelle année commence, mais est-ce une nouvelle ère pour l’Algérie ? Sans jouer les rabat-joie ni les oiseaux de mauvais augure, la situation actuelle nous pousse à opter pour la lucidité et la vigilance plutôt que de céder au chant des sirènes et encore moins au charme des couleurs chatoyantes des décorations festives. 2012 aura préparé les scellés pour 2013. Une année qu’on veut bloquée et sans perspective. En somme, une année passerelle pour accéder à une autre.
Une passerelle préparée à la bonne sauce dans les obscurs laboratoires du pouvoir. Trois élections ont eu lieu en 2012 (législatives, locales et sénatoriale) qui ont consacré encore une fois la mise sous tutelle des institutions de l’Etat par le pouvoir. On remet le couple FLN-RND au goût du jour en l’assaisonnant d’une noria de petites formations douteusement politiques pour faire croire à une évolution qui n’en est pas une.

On réduit la scène politique en terrain de manœuvres et de traquenards pour maintenir la clientèle du pouvoir en piste et casser les partis de l’opposition qu’on occupe à faire face aux tentatives de putsch. L’action politique est en elle-même discréditée, dénigrée et réduite à des kermesses électorales ou à des querelles de chiffonniers par journaux interposés.
L’enjeu étant de contrôler la vie politique et écarter le plus possible les citoyens de ce qui doit les intéresser, c’est-à-dire leur devenir en tant qu’individus, société et nation.

Comment prétendre que l’Algérie a connu son printemps lorsque le régime en poste depuis 1962 continue de sévir et de se manifester à travers ses partis, le FLN et le RND ? Comment espérer entrevoir un quelconque changement lorsqu’on n’offre à l’Algérien que le choix de céder aux objectifs des maîtres du moment qui obstruent la vue de toute autre alternative en dehors de leurs calculs bassement opportunistes ? Contrairement à l’année 2011 où le régime avait difficilement fait barrage au vent du changement soufflant dans le voisinage, l’année 2012 aura été, pour lui, celle de la fortification de ses fondations pour éviter d’éventuelles tempêtes et garantir encore une fois sa survie et celle de sa clientèle.

Le calendrier électoral était venu à point nommé pour le régime qui a mis encore une fois à l’œuvre ses manœuvres dilatoires afin de faire barrage au changement par les urnes, et donc au changement pacifique. Du sac de «réformes» proposées en avril 2011, aucune n’a apporté à la vie des Algériens un quelconque changement ou évolution. Le statu quo est bel et bien maintenu contre la volonté de tous et pour la pérennité d’un système qui tend à contenter des puissances étrangères pour assurer son salut au prix de la souveraineté nationale. Cette «année-pont», qu’on veut imposer comme telle aux Algériens, ne sera, dit-on, qu’un chapitre précédant la grande kermesse de 2014. «Réajustements et raccordements de dernière minute», ceci peut être le titre qu’on voudra donner à ce chapitre qui mettra sans nul doute en scène tout le «savoir-faire» des officines.

Gargarisés par les propos élogieux du président français et d’autres, les tenants du pouvoir mettront tout en œuvre pour passer le pont 2013 comme calculé par leurs soins, en se souciant peu des attentes des Algériens. La révision de la Constitution qui interviendra cette année, pour laquelle le FLN et le RND ont été mobilisés afin de la faire passer comme une lettre à la poste au niveau des institutions électives, ne sera finalement qu’un détail de plus dans les calculs de survie du régime.

Le calendrier établi par ce dernier depuis 2011 est un savant maquillage de la vie politique, vendant par-ci de fausses réformes, servant par-là une prétendue ouverture politique qui n’a d’ouvert que les mallettes d’argent destinées à acheter des voix et des soutiens. Mais l’année qui débute, même si on veut minimiser de son importance dans la vie politique du pays, sera sans doute charnière et riche en rebondissements et évènements tant elle décidera de ce que sera 2014. Lièvres et autres démêlés de clans se manifesteront. «Et le peuple dans tout ça ?» sommes-nous tentés de nous interroger. La réponse, nous la connaissons depuis 50 ans, le pont qu’empruntera le peuple est autre que celui du régime. La destinée de l’un n’est pas liée à celle de l’autre. Ceci, le régime l’a bien compris, il est temps que le peuple le comprenne à son tour.

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Nadjia Bouaricha

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