Le problème

Elwatan; le Mercredi 26 Mai 2010
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Que faut-il penser de la décision de l'Exécutif d'injecter dans l'économie un montant supplémentaire de 286 milliards de dollars durant les cinq prochaines années ? S'en réjouir ? Certainement oui, si tout cet effort de la collectivité nationale devrait aller là où il est grandement besoin. Peu de pays aujourd'hui ont, en effet, la chance de disposer de tels moyens financiers. Notamment en cette mauvaise période de crise financière internationale qui fait se multiplier des crises un peu partout dans le monde. Et pour cela, l'Algérie ne peut compter que sur ses rentrées annuelles en devises, produit des exportations des hydrocarbures. Le reste des segments étant bien évidemment sous-développé puisque la fiscalité ordinaire qu'en tire l'Etat est insignifiante. Ce pourquoi, normalement d'ailleurs, tout cet argent du pétrole devait être dépensé scrupuleusement dans des projets économiques et sociaux visant à permettre le développement dont il s'agit et réussir ainsi à construire une économie bâtie non seulement sur les hydrocarbures mais aussi sur la production des biens et services.

Hélas ! Il n'en est rien. Le nouveau plan divulgué avant-hier, à l'issue du Conseil des ministres, constitue un troisième programme d'investissement public après le triennal de 2001 et le quinquennal de 2004. Toute cette manne financière qui a été injectée dans les circuits de l'économie n'a pourtant pas permis de sortir le pays de l'ornière de l'économie rentière. Passons sur la contribution de ces deux premiers plans dont on ignore toujours la proportion du soutien au taux de croissance. Car aucun bilan n'a été effectué par les dirigeants qui sont ainsi
absous de l'échec politique dont ils sont pourtant responsables, sinon devant l'opinion publique du moins devant l'histoire.

Les problèmes de l'Algérie se sont en effet multipliés pendant cette période et ce n'est pas peu dire que de commencer par lister en priorité tous les obstacles infranchissables aux vertus du système démocratique, seul capable de permettre une gestion efficiente de l'argent du pétrole. La conduite des projets qui se chiffrent en milliards n'a profité qu'au cénacle d'initiés de marchés politiques et de bonnes affaires. Tandis que la redistribution de la richesse se fait, les projecteurs éteints. Un détail s'il en est : la Banque mondiale qui a établi en 2007, à la demande de l'Algérie, un rapport intitulé «La revue des dépenses publiques» a mis le doigt sur la plaie… «Un diagnostic officiel effectué pour vingt-sept projets en 2003 a révélé qu'en moyenne chaque projet devait faire l'objet de six réévaluations, subissait des retards équivalents à six ans et cinq mois et est réalisé sur une période de dix ans et deux mois.»

Le programme d'investissement public réussira-t-il à pérenniser la croissance et à promouvoir un développement plus accéléré, ou aboutira-t-il tout simplement à créer des occasions de gaspillage et de corruption ? Récurrente, cette question est malheureusement encore d'actualité.

Categorie(s): edito

Auteur(s): Ali Benyahia

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