Le scandale

Elwatan; le Mardi 8 Janvier 2008
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C’est le témoignage des journalistes algériens qui a brisé cette année la loi du silence régnant traditionnellement sur le séjour des pèlerins aux Lieux Saints de l’Islam. Est effarant le nombre de décès, de disparus, de malades et de sans-abri. Certes les conditions du pèlerinage sont naturellement éprouvantes, notamment pour les personnes âgées, mais le scandale vient de leur abandon par la délégation officielle censée leur apporter assistance et secours. Le constat des envoyés spéciaux de presse est troublant. Outre leur démission et leur laisser-aller, les fonctionnaires de la mission algérienne (classée dernière par les Saoudiens) se seraient livrés à des pratiques de favoritisme, privilégiant leur propre personne, les gens de haut rang et les invités, ignorant les 25 000 autres pèlerins. L’Etat semble pourtant avoir fait le nécessaire au plan financier en la dotant d’un budget faramineux évalué à 1000 milliards de centimes. Mais les pouvoirs publics semblent avoir été totalement défaillants dans le choix des hommes la composant : apparemment une multitude de pistonnés se serait infiltrée au sein de la mission, prenant la place des personnes dévouées et désintéressées. L’autre scandale est qu’à ce jour aucune autorité officielle n’a réagi tant sur le déroulement catastrophique du hadj 2007 que sur les décès des pèlerins. Une enquête aurait dû être diligentée pour déterminer si les morts, ou certaines, ne sont pas imputables à l’état d’abandon sur les Lieux Saints. Comment ne pas être outré par tout cela ? La plupart des hadjis sont des gens âgés, de condition modeste, de l’intérieur du pays, ayant réuni les économies d’une vie de labeur pour réaliser leur vœu le plus cher : se rendre à La Mecque. S’il y a bien un domaine où auraient dû prévaloir la solidarité, le sens du devoir, le désintéressement, l’amour du prochain, c’est bien celui-là. Hélas, ce ne fut pas le cas. Des leçons doivent être tirées, essentiellement par l’Etat. Outre un audit des missions de toutes les années écoulées devraient être revues entièrement les modalités de sélection et de désignation des délégations officielles. La «culture du piston» qui gangrène le pays doit épargner au moins le sacré. Beaucoup de pays musulmans ont réussi leur hadj et leur expérience pourrait servir à notre pays. Le scandale du hadj 2007 doit être le dernier et le pèlerinage doit rester un bonheur et non se transformer d’année en année en cauchemar.

Categorie(s): edito

Auteur(s): Ali Bahmane

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